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Blockchain : une révolution pour les sociétés de gestion

Blockchain: une révolution pour les sociétés de gestion

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La technologie blockchain ne concerne pas que les banques. Elle pourrait aussi modifier considérablement à terme les modalités de travail des sociétés de gestion, en augmentant leur efficacité opérationnelle et en élargissant leur gamme de services. Pour autant, les projets en cours doivent encore faire leur preuve.

Après être restées longtemps en retrait des projets utilisant la technologie «blockchain», les sociétés de gestion commencent à s’y intéresser. Depuis quelques semaines, les annonces de lancement de projets autour de cette technologie se multiplient. Parmi elles, Natixis Asset Management (AM) a indiqué avoir réussi cet été à réaliser un échange de parts de fonds sur une plateforme intégrant cette technologie. Une première, en Europe, qui pourrait bouleverser la façon dont les sociétés de gestion distribuent leurs fonds. En effet, la blockchain permet de partager en temps réel des informations sur des transactions et de les réaliser dans un environnement sécurisé. Par ce biais, non seulement les sociétés de gestion vont gagner du temps, mais surtout elles pourront bien mieux connaître les clients finaux et les flux en temps réel sur les fonds, alors qu’elles n’en ont jusqu’à présent qu’une vue parcellaire, compte tenu du nombre d’intermédiaires et du coût pour relayer toutes ces informations jusqu’à leurs services. «Les transactions nécessitent actuellement de faire intervenir plusieurs contreparties, elles doivent être réconciliées, analysées, conservées en plusieurs exemplaires, détaille Patricia Regnault, responsable des métiers de la gestion d’actifs pour l’Europe chez Linedata. Avec la blockchain, les acteurs impliqués peuvent désormais avoir accès instantanément à l’ensemble des informations. Les données obtenues sont, de surcroît, plus fiables, et ils n’ont plus besoin de recourir à plusieurs intermédiaires. Cette technologie permet une économie de coût estimée entre 30 et 40 %.» Ces économies concernent l’ensemble des activités des sociétés de gestion, qu’il s’agisse de la gestion de l’actif des fonds (achat de titres, gestion des valeurs en portefeuille, middle office…) ou le passif des fonds (souscription/rachat, distribution…). Dans le domaine de la distribution, par exemple, la chaîne des intermédiaires, notamment au niveau international, est très longue et peut être largement optimisée. «Le processus de souscription/rachat pour des fonds transfrontaliers est inefficace, il nécessite beaucoup de documentations, relève Jean Devambez, responsable mondial des solutions produits et clients, Asset and Fund Services, chez BNP Paribas Securities Services (BPSS). La blockchain devrait nous permettre de réduire ce process à quelques heures contre jusqu’à plusieurs semaines actuellement.»

Au niveau local aussi, le nombre d’intermédiaires peut être réduit. «Entre l’investisseur final et la société de gestion, il y a le/les distributeurs, le centralisateur, le dépositaire, un agent payeur, etc., indique Olivier Taille, responsable de projets chez Natixis Asset Management (AM). La chaîne est très longue et il est très compliqué et très coûteux pour une société de gestion d’avoir des informations sur les clients finaux.»


Des projets pour développer la clientèle

Conscientes de ce potentiel, les sociétés de gestion cherchent à s’emparer les unes après les autres de cette technologie. Les projets dévoilés récemment concernent la plupart du temps des solutions qui visent à améliorer la connaissance du client, à fluidifier les transactions, en bref, tout ce qui peut permettre de développer la distribution de fonds et donc d’accroître la croissance des sociétés de gestion. Il existe à ce jour trois grands projets concurrents impliquant des sociétés de gestion françaises : celui mené par le Luxembourg en collaboration avec Natixis AM, un projet en co-innovation mené par Axa Investment Managers (IM) en collaboration avec BPSS et un troisième regroupant OFI Asset Management, Groupama Asset Management, La Financière de l’Echiquier et Arkéa Investment Services qui utilisent la technologie développée par une fintech : SELT. Ces projets, une fois qu’ils seront opérationnels et industrialisés, ont vocation à fédérer d’autres sociétés de gestion et des distributeurs, ils sont donc en concurrence les uns avec les autres. «Nous devons mutualiser notre plateforme, faire venir de nombreuses sociétés de gestion afin d’inciter les investisseurs à l’utiliser pour investir dans nos fonds», commente ainsi Jean-Pierre Grimaud, directeur général d’OFI Asset Management.

Parmi les projets les plus avancés figure celui de Natixis AM. La société de gestion collabore avec des structures luxembourgeoises. «Nous sommes engagés sur un projet depuis six mois avec la Bourse du Luxembourg, KPMG Luxembourg et Intech, une fintech, filiale de la poste au Luxembourg, qui porte sur la tenue de registre et les rachats/souscriptions, indique Olivier Taille. Nous sommes parvenus cet été à réaliser une transaction sur un fonds de Natixis AM via la blockchain, cette transaction comprend la prise en charge de l’ordre, la centralisation, la valorisation, l’exécution et le transfert de la propriété des titres.» Une solution qui a plusieurs avantages pour le gérant. «Le partage d’informations sur le client final va nous permettre de mieux maîtriser le risque de liquidité, indique Olivier Taille. Nous pourrons ainsi prévoir et/ou anticiper les flux acheteurs et vendeurs et gérer l’actif en fonction.» Elle améliore ainsi l’efficacité opérationnelle, mais permet aussi de développer de nouveaux services. Un objectif poursuivi par toutes les plateformes en cours d’élaboration. «La blockchain apporte la possibilité de communiquer directement avec les clients des sociétés de gestion, affirme Pierre Davoust, fondateur de SELT. Elle permet ainsi de mieux cibler les actions commerciales.» Cette technologie peut aussi être utilisée pour répondre aux exigences réglementaires (voir encadré). «La directive MIFID 2 force les sociétés de gestion à s’assurer que les fonds soient distribués en adéquation avec les besoins des clients, poursuit Olivier Taille. Les sociétés de gestion doivent ainsi mener des due diligences auprès des distributeurs. Ces contrôles seront plus aisés grâce à la blockchain qui permet un partage en temps réel de l’information». Une contrainte réglementaire qui devient ainsi une opportunité pour les sociétés de gestion. «La réglementation européenne nous impose maintenant d’encore mieux connaître nos clients, souligne Jean-Pierre Grimaud, cette contrainte peut être transformée en une opportunité business et nous permettre de mieux cibler les différentes clientèles.»

De leur côté, Axa Investment Managers et BNP Paribas Securities Services (BPSS) qui se sont associés sur un projet qui porte là aussi sur toute la chaîne de valeur du passif (souscription/rachat, tenue de position…), ne se contentent pas d’utiliser la technologie blockchain. «Nous avons défini plusieurs modules : l’entrée en relation clients, les données, la gestion des transactions en elles-mêmes, les outils d’analyse des données et la gestion des accords de distribution, détaille Jean Dejambez. La blockchain seule ne permet pas de répondre à tous les besoins métiers, nous l’associons à d’autres technologies comme le big data ou encore l’intelligence artificielle. La plate-forme est conçue comme un tout mais chaque module peut vivre par lui-même.»


Du potentiel aussi dans la gestion de l’actif

Plus à la marge, quelques sociétés de gestion et des spécialistes de l’épargne commencent aussi à réfléchir à des projets concernant l’actif des fonds. Ils concernent surtout les produits de niche, peu échangés et qui nécessitent une documentation importante comme le crowdfunding ou les titres de petites et moyennes entreprises (PME). Utocat a, par exemple, lancé une solution qui permet d’enregistrer des titres non cotés émanant des plateformes de crowdfunding pour les mettre dans un plan d’épargne en actions (PEA). En ce qui concerne en revanche les marchés listés, les obstacles demeurent encore importants, ce qui freine l’ardeur des gestionnaires comme de leurs prestataires. «Nous pensons que la blockchain pourrait être source d’améliorations importantes pour la gestion opérationnelle des titres à l’actif des portefeuilles, notamment pour les opérations sur titres dites «conditionnelles» ou pour la gestion des opérations avec échange de collatéraux, indique Olivier Taille. La principale difficulté réside dans la capacité à faire adopter ces nouveaux dispositifs par un très grand nombre d’acteurs du marché rapidement, condition sine qua non pour que les nouvelles méthodes remplacent les anciennes et permettent de matérialiser les gains d’efficacité escomptés, car il n’y aura évidemment aucun gain si l’on doit entretenir un double dispositif selon les contreparties.» La meilleure façon de lever cet obstacle serait que cette technologie fasse véritablement ses preuves, qu’elle puisse passer du stade de l’expérimentation à une phase d’industrialisation et là le chemin à parcourir est encore long, même si la plupart des porteurs de projets annoncent pouvoir obtenir des premiers résultats en conditions réelles pour le courant de l’année 2018.


Une réglementation qui va devoir évoluer

La blockchain peut servir des visées réglementaires comme le suivi de la distribution, mais pas seulement. «Les directives Ucits, AIFM ou encore MIFID 2 intègrent des reportings à adresser aux régulateurs, souligne Patricia Regnault, responsable des métiers de la gestion d’actifs pour l’Europe chez Linedata. Demain, ces reportings pourront être établis en temps réel, les régulateurs pouvant partager des informations avec les sociétés de gestion via la blockchain.»

Si cet exemple montre un apport indéniable de la blockchain à la conformité réglementaire, dans de nombreux cas, cette technologie se situe en opposition avec les dispositions réglementaires existantes. «Certains titres nécessitent le recours à un dépositaire central, indique Olivier Taille. Les infrastructures post-marché sont réglementées, ce qui n’incite pas les gestionnaires et/ou les acteurs du post-marché à se lancer dans des projets qui pourraient venir butter sur la réglementation.» Et cela d’autant plus que la blockchain relève par définition d’un univers non contraint. Cette technologie, qui a permis le développement du bitcoin, repose sur l’anonymisation des données et s’inscrit dans un monde libertaire aux antipodes de la finance régulée.

La réglementation doit ainsi être amendée pour intégrer cette nouvelle technologie. Une consultation est actuellement en cours initiée par le Trésor sur un projet d’ordonnance. Elle prévoit notamment – en ce qui concerne la gestion d’actifs – la possibilité d’utiliser la blockchain pour des produits non listés.


Les intermédiaires, grands perdants de cette révolution ?

Dans le domaine des produits d’épargne, les technologies blockchain profitent surtout aux deux extrémités de la chaîne. Les gérants qui fournissent des fonds d’investissement vont pouvoir plus facilement et à un coût moindre accéder aux clients finaux grâce à une réduction du nombre d’intermédiaires. De même, les particuliers en bout de chaîne vont pouvoir disposer de produits à moindre frais.

A contrario, les grands perdants pourraient être les intermédiaires. Ce sont donc eux qui se sont emparés en premier de cette nouvelle technologie. «Les revenus des brokers et des dépositaires sont déjà sous pression du fait de la réglementation, rappelle Patricia Regnault, responsable des métiers de la gestion d’actifs pour l’Europe chez Linedata. Ils ont tout intérêt à se positionner sur la blockchain afin de pouvoir proposer des solutions aux sociétés de gestion, ce qui leur permettra de ne pas sortir de la chaîne de valeur de la gestion d’actifs.» BNP Paribas Securities Services (BPSS) fait partie des acteurs très impliqués sur le sujet. «La blockchain, comme l’ensemble des nouvelles technologies, va potentiellement bouleverser nos façons de travailler, avance Jean Devambez, responsable mondial des solutions produits et clients, Asset and Fund Services, chez BNP Paribas Securities Services (BPSS). Si cela se concrétise, le marché va devoir se réorganiser, nous devons repenser notre rôle, nous développer davantage dans des fonctions de service, de partage d’expertise, de gestion de la liquidité. Nous devons être à la source des projets afin d’être prêts à tous ces changements.»

Et les dépositaires conservateurs ne sont pas les seuls à se préoccuper de ce phénomène, les éditeurs de logiciels cherchent également à se positionner sur de nouvelles solutions. «Nous avons lancé une nouvelle plateforme dans le cadre d’un projet de transformation digitale qui intègre plusieurs nouvelles technologies, avance Patricia Regnault, à l’avenir nous pourrons y intégrer aussi la blockchain.»

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