La révolution 2.0 est en marche

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L’intégration des fintech dans la chaîne de valeur des fonds d’investissement est un des enjeux majeurs de ces prochaines années.

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L’intégration des fintech dans la chaîne de valeur des fonds d’investissement est un des enjeux majeurs de ces prochaines années. Tous les acteurs de la Place planchent activement sur le sujet au travers de groupes de travail et autres clusters. Blockchain, robo-advisors, big data, social network investing… le vocabulaire technique de l’industrie s’enrichit.

Le 21e siècle sera fintech ou ne sera pas. André Malraux n’avait sans doute pas toutes les connaissances requises pour imaginer un tel aphorisme. Mais le développement vertigineux des technologies ces dernières années et leur intégration dans l’ensemble des composantes de l’économie en font, aujourd’hui, un élément forcément essentiel, à considérer désormais davantage comme une matière première incontournable.

Il n’y a évidemment aucune raison pour que l’industrie des fonds d’investissement soit épargnée par le phénomène. Au contraire, serait-on tenté de dire, sachant que les innovations technologiques sont déjà une réalité dans l’industrie des fonds depuis quelques années.


« Il demeure un espace considérable pour plus d’innovation grâce aux nouvelles technologies. »
Simon Ramos, Advisory & consulting partner (Deloitte Luxembourg)


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«L’émergence des fintech remet en question l’écosystème et pousse les acteurs à agir pour accélérer l’innovation», constate Simon Ramos, advisory & consulting partner chez Deloitte Luxembourg. «Pour une série de processus telle que la distribution de fonds via des plateformes d’exécution, il demeure un espace considérable pour plus d’innovation grâce aux nouvelles technologies. Les acteurs au Luxembourg se doivent d’optimiser l’utilisation des données qu’ils possèdent afin de se positionner sur des solutions fintech.»

Il y a un an déjà, Marc Saluzzi, à quelques semaines de terminer son second mandat en tant que président de l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement, regardait ces développements avec un regard très aiguisé. «Si l’industrie financière ne réagit pas, les grands acteurs de demain dans la sphère financière seront les acteurs technologiques ! Ils sont tous passés de la notion d’e-commerce à celle d’e-paiement… L’étape suivante est réellement la e-finance.»

L’exemple de la plateforme chinoise Alipay reste, à ce titre, une référence absolue. En l’espace d’un an et demi, elle a permis de générer le quatrième plus gros fonds d’investissement au monde avec pas moins de 80 milliards de dollars d’actifs.


Une mine d’or

Nous voici donc aux portes du «e-fonds», avec des limites de développement qui semblent seulement imposées par celles de l’imagination. «Nous avons quelques idées en la matière», rappelait néanmoins M. Saluzzi. «À commencer par l’exploitation du big data que représentent toutes les informations dont nous disposons ici au Luxembourg.» Une gigantesque base de données est ainsi en cours de constitution. Un projet mené avec la Luxembourg School of Finance et qui a pour but d’optimiser le traitement des masses considérables d’informations relatives à l’ensemble des fonds domiciliés au Luxembourg par des promoteurs de 60 pays qui investissent dans tous les pays et toutes les classes d’actifs possibles. «Au-delà des sujets de recherche potentiels, toute cette masse d’informations dont nous disposons, et qui représente une véritable mine d’or, constitue une valeur considérable pour le marché et les acteurs eux-mêmes. Leur traitement pourrait très bien rendre notre centre financier encore plus performant en matière de fonds d’investissement.» Il ne s’agit évidemment pas de la seule piste actuellement étudiée. À peine ses fonctions prises, la nouvelle présidente de l’Alfi, Denise Voss, a accompagné la création d’un forum Digital/Fintech au sein même de l’association. Une initiative qui rejoint celle de l’ABBL, avec son cluster Digital banking and fintech innovation, ou encore le groupe de travail dédié à ce thème au sein du programme Digital Lëtzebuerg.

«Fintech est beaucoup plus qu’un mot à la mode», assure Denise Voss. «Cela aura un impact fondamental sur les modèles d’affaires des gestionnaires d’actifs, des intermédiaires de la distribution et des prestataires de services qui, en plus, sont confrontés à de nouveaux comportements de la part des investisseurs. L’écosystème de la gestion d’investissements doit non seulement améliorer son efficience, mais également offrir une meilleure expérience client s’il veut continuer à prospérer.»


Un rôle central

Le forum Digital/Fintech de l’Alfi a démarré ses travaux en janvier dernier, sous la supervision de Serge Weyland, par ailleurs head of financial institutions à la Bil, et Steven Libby, asset management leader, (digital) transformation officer chez PwC Luxembourg. «Avec notre approche très transversale, nous garantissons la création de valeur», affirme Serge Weyland. «Il n’y a pas de tabou et nous savons que certaines de ces évolutions vont impliquer que des fonctions qui existent aujourd’hui seront profondément changées, voire n’existeront plus.»

Bien évidemment, l’apport des technologies de l’information dans l’industrie des fonds d’investissement ne date pas d’aujourd’hui. Les processus tout au long de la chaîne de valeur ont été, au fil des ans, de plus en plus automatisés, avec des quantités de données à traiter toujours plus importantes et des flux d’informations toujours plus complexes.

Sans compter que l’accroissement de ce taux d’automatisation des opérations permet d’augmenter à la fois la productivité et la qualité tout en réduisant les risques opérationnels dus aux erreurs humaines.


« Au lieu de lui résister, les fonds d’investissement doivent comprendre ce besoin et les solutions apportées par les fintech. »
Alexandre Rochegude, fintech evangelist et associé (KPMG)


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«Ces technologies de l’information ont pris progressivement et assez rapidement un rôle central dans le fonctionnement du front, middle et back-
office», constate Alexandre Rochegude, fintech evangelist et associé chez KPMG Luxembourg. «Sans elles, l’industrie des fonds ne serait évidemment pas aussi bien développée. Mais les systèmes traditionnels qui sont mis en place aujourd’hui éprouvent encore des difficultés à évoluer et à s’adapter aux besoins du marché. Ils sont trop complexes et ne peuvent plus supporter la quantité de flux d’informations en parallèle de la croissance exponentielle des données et les exigences des investisseurs.»

La mutation dans les comportements des investisseurs influe évidemment grandement sur la façon de devoir gérer et traiter l’information. Les attentes vont vers plus de transparence et un rapport qualité-prix toujours exacerbé.

«L’expérience clientèle, qui embrasse le levier du digital, impose une remise en cause globale des programmes de rétention et d’acquisition de clients afin de les faire entrer dans l’ère du numérique», constate Sébastien Danloy, managing director of continental Europe & offshore chez RBC Investor & Treasury Services.

Et de rappeler combien la notion de big data est déjà une réalité concrète pour les acteurs des fonds. «Les agents de transfert traitent des centaines de millions de transactions à l’échelle mondiale. Toutes ces données, lorsque celles-ci sont correctement maîtrisées et analysées, leur permettent de fournir à leurs clients des informations précieuses sur la distribution transfrontalière des fonds et les modèles de distribution. Par ailleurs, toute perspective sur l’évolution du comportement des investisseurs individuels sera source significative d’avantage concurrentiel.»


Démystifier le monde de l’investissement

Le défi actuel de l’industrie des fonds réside donc dans son adaptation à ces nouveaux profils d’investisseurs qui, au-delà des performances financières, basent également leurs décisions sur de nouveaux critères tels que l’investissement responsable. «De plus, de par les affinités communes entres les millennials et les sociétés telles que Google, Apple ou Amazon, l’industrie des fonds se doit également de rester vigilante quant à leurs éventuels projets d’évolution dans le domaine des fonds», prévient Yves Lahaye, managing director, general manager Luxembourg chez RBC Investor & Treasury Services. La façon dont les technologies vont impacter la distribution des fonds et leur accès par les investisseurs constitue un des piliers de la réflexion du forum Digital / Fintech de l’Alfi. On y parle robo-advisor et social network investing. «En créant une expérience client un peu sympa, on peut démystifier le monde de l’investissement», estime Serge Weyland, qui ne cache pas sa fascination pour tous les sujets tournant autour de l’intelligence artificielle. «On a fait dans ce domaine des progrès énormes, bien plus substantiels que ce qui était attendu. Les spécialistes estiment que ces innovations arrivent avec une avance de près de 10 ans.

Robo-advisor, big data, blockchain… le vocabulaire de l’industrie s’enrichit de nouvelles notions presque toutes aussi critiques les unes que les autres. «Les technologies de l’information ont déjà changé le rapport de force dans le domaine des fonds d’investissement», rappelle Alexandre Rochegude (KPMG). «Les fintech vont amplifier ce mouvement en changeant les modèles économiques et opérationnels. Et si cela se passe ainsi, c’est parce qu’il existe une vraie demande. Au lieu de lui résister, les fonds d’investissement doivent comprendre ce besoin et les solutions apportées par les fintech.»

L’exemple de la blockchain est sans doute le plus parlant du moment. Cette technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente et sécurisée, intéresse notamment les acteurs autour de son utilisation pour l’enregistrement et la liquidation des parts de fonds. «On met souvent en avant la réduction des coûts et la rapidité d’exécution, mais je ne pense pas que ce soit forcément là les plus gros avantages», estime Serge Weyland (Alfi). «C’est surtout en termes de simplification et de transparence que l’on trouve la valeur ajoutée, d’une part pour le promoteur de fonds, qui aura une meilleure transparence de son réseau de distribution en identifiant la typologie de l’investisseur final, et d’autre part pour le gestionnaire qui pourra mieux connaître la dispersion et la concentration des investisseurs, et donc avoir une meilleure vue sur ce risque de liquidité.»

L’idée est de pouvoir combiner la compétence et l'expertise des acteurs au Luxembourg, deuxième place mondiale en matière de fonds, avec le savoir-faire de certaines sociétés maîtrisant les technologies de la blockchain. «Cela peut donner des résultats intéressants», assure M. Weyland. Un white paper autour des besoins existants est en cours d’élaboration. Il est également prévu que des experts étrangers soient conviés aux échanges.

«Avec l’arrivée des fintech, de leur culture start-up et de leur capacité à fournir une grande rapidité en toute transparence, les business models traditionnels ainsi que la manière de travailler dans l’industrie des fonds se doivent d’évoluer», confirme Yves Lahaye.


Demeurer compétitifs

C’est ainsi que RBC, par exemple, travaille sur un certain nombre de projets de développement et d’organisation: l’adoption d’une démarche «agile» avec ses clients, en les impliquant dès le début dans le développement de nouvelles applications pour ses métiers de base; la réécriture des programmes de fidélisation suivant la blockchain ou encore le lancement d’un nouveau produit «Fund Sales Intelligence», réalisé en partenariat avec le fournisseur Spallian. Le système traite plus de 10 millions d’opérations de fonds (souscription/rachat) chaque année et permet aux gestionnaires de fonds d’acquérir une meilleure compréhension de la performance globale de distribution de fonds d’OPCVM comparée à celle de leurs pairs.

En matière de data management et de sécurité, les enjeux qui attendent les acteurs sont donc de taille. «Le volet sécurité est le prérequis, le catalyseur», prévient Serge Weyland. «C’est lui qui va définir la vitesse de développement. Car il y aura toujours plus de données sensibles mises à disposition. Il faudra que les standards de sécurité soient unanimement adoptés.»

D’autant plus que dans le cadre de la directive européenne sur les services de paiement qui doit entrer en vigueur en 2018, il est demandé à ce que les banques adhèrent à des normes techniques homogènes en matière de paiement et de mise à disposition des données sur comptes. Autrement dit, les établissements financiers auront obligation de rendre accessibles leurs données sous un format standardisé à des prestataires de services externes afin que ceux-ci puissent fournir des services complets de paiement en ligne. «En 2018, si je suis une fintech un peu innovante, je peux construire quelque chose d’extrêmement puissant dans la façon de gérer un client», note M. Weyland. «Cela va aussi forcer les asset managers à devoir gérer de plus en plus la distribution directe avec un support adapté aux clients.»

Le mouvement est, de toute façon, bien en marche, et plus rien ne devrait pouvoir l’arrêter. Il en va de la pérennité même du système qui impactera aussi… les collaborateurs des sociétés actives dans les fonds. «De nouvelles compétences seront requises. Les employeurs devront s’atteler à former intensivement leurs équipes existantes, mais aussi attirer de nouveaux talents afin de leur permettre d’être préparés au mieux à cette révolution numérique», avertit M. Lahaye.

C’est bel et bien une (r)évolution annoncée à tous les étages qui est en route. Et Le Luxembourg a tout intérêt à ne pas rater le décollage de la fusée. «Les États-Unis sont de loin à la pointe des innovations fintech. En Europe, le Royaume-Uni, la Suède et les Pays-Bas ont déjà embrayé la deuxième vitesse sur le sujet... Il n’est pas trop tard pour le Luxembourg mais il faut agir sans attendre. Les acteurs du Luxembourg ont tout intérêt à choisir des applications très pratiques et à développer des standards d’industrie. Le reporting réglementaire est un exemple sur lequel nous pouvons rattraper, voire dépasser les autres pays», estime M. Ramos (Deloitte).


Alfi: Digital/Fintech - mode d’emploi

Le forum Digital/Fintech de l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement a été créé en début d’année et a débuté ses travaux avec comme premier objectif d’assurer le partage d’information entre les différents groupes de travail afin, surtout, d’éviter de faire plusieurs fois le même travail. «Nous devons aussi créer des liens avec les autres organisations de la Place, en particulier le cluster ‘Digital banking and fintech innovation’ de l’ABBL, dirigé par Jean Hilger (le CIO de la BCEE, ndlr) et Rolf Bachner (managing director de The Bank of New York Mellon Luxembourg, ndlr), mais aussi l’Aca, car les assureurs sont aussi des investisseurs», rappelle Serge Weyland, un des deux co-leaders du forum. Ce dernier se compose de quatre groupes de travail: Digital investing (piloté par Jan Van Den Driessche, VP Lux, et Said Fihri, KPMG); Data management & security (avec Keith Hale, Multifonds/Igefi, et Marc Mouton, Arendt & Medernach); Blockchain & crypto-currencies (Patrick Laurent, Deloitte, et Laurent Marochini, SGSS) et Equity crowd funding & P2P lending (David Louis, Charles Russell Speechys, et Hakan Lucius, BEI).

«D’ici la fin de l’année, nous espérons, sur certains sujets prioritaires, telles la blockchain ou les procédures AML/KYC, cadrer les besoins et les possibilités d’utiliser ces nouvelles technologies et mieux comprendre ce qui va se passer, prévoit M. Weyland. Il est important d’anticiper plutôt que d’être mis devant le fait accompli. Il y aura forcément des points plus critiques et délicats, mais si nous ne sommes pas acteurs de ces changements, d’autres le seront avant nous!» Pas moins de 90 personnes ont montré, dès le départ, un intérêt prononcé pour le sujet. «D’où la nécessité de structurer notre approche.»


Fintech: vers 150 milliards de dollars investis

Une récente étude publiée par PwC indique que d’ici trois à cinq ans, les montants investis dans les fintech pourraient dépasser les 150 milliards de dollars et que les institutions financières intensifieront leur rapprochement avec des entreprises proposant des solutions technologiques dans l’espoir de rapidement rentrer dans le jeu. L’étude Blurred lines: how fintech is shaping financial services, menée mondialement depuis le Luxembourg auprès de plus de 500 experts du secteur financier, de dirigeants digitaux ou issus d’entreprises fintech, indique que plus de 60% des clients des répondants à l’enquête utiliseront au moins une fois par mois une application mobile pour accéder à des services financiers. «Une révolution que le secteur financier assure actuellement en s’encombrant de développements informatiques complexes et lourds, alors que les fintech mettent en place des solutions agiles et des développements informatiques adaptés aux nouvelles tendances des besoins clients», commente Grégory Weber, fintech leader chez PwC Luxembourg qui a piloté cette étude. Autre chiffre marquant de l’étude: 83% des répondants estiment que l’activité de leurs clients pourrait être mise à mal par le développement exponentiel des fintech dans les cinq prochaines années, augmentant une concurrence féroce entre acteurs traditionnels ainsi qu’une réduction de marge et une perte de parts de marché conséquente. «Ce chiffre monte à 95% lorsque l’on observe les résultats des banques interrogées dans le rapport. Au rythme des changements induits par les fintech, aucune entreprise du secteur financier aujourd’hui ne peut ignorer la vague qui risque de l’emporter.»

Source

paperjam.lu

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