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1927 : la grève du bachot

1927 : la grève du bachot

[Décryptage - Générations]

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En 1927, l'accès au lycée est encore réservé en France à une petite minorité d'élèves. Quelque 15 000 candidats se présentent au baccalauréat – contre 750 000 aujourd'hui – avec un taux de réussite de 65%. L'enseignement secondaire est dispensé à la fois par des professeurs agrégés et d'autres seulement titulaires d’une licence. Les agrégés disposent d’avantages statutaires. La surveillance et la correction des épreuves du baccalauréat leur est ainsi réservée.

Sur le plan financier, les professeurs agrégés sont également mieux traités que leurs collègues non agrégés. En 1927, leur rémunération leur donne un pouvoir d'achat hors immobilier équivalent à celui des agrégés de nos jours. Mais, comme le prix de l'habitat étant dix fois inférieur à celui d'aujourd'hui, leur niveau de vie est relativement confortable. Bref, les agrégés se considèrent et sont considérés comme l’élite des enseignants du secondaire.

Depuis 1926, le gouvernement d'union nationale dirigé par Raymond Poincaré a entrepris de réduire les rémunérations dans la fonction publique. Les agrégés sont révoltés d’être traités à l’instar des autres fonctionnaires, notamment de leurs collègues non agrégés. Contrairement aux instituteurs, ils n’ont jamais fait grève et, quoique réunis depuis 1914 dans la Société des agrégés, ils ne sont pas formellement syndiqués. Pour exprimer leur mécontentement, les agrégés décident de ne pas assurer la surveillance des épreuves du baccalauréat 1927 et prévoient de prendre leur temps pour les corriger.

Le ministre de l’Instruction publique est Edouard Herriot – lui-même agrégé de lettres. Furieux devant le comportement de ses pairs, il choisit de faire assurer la surveillance du baccalauréat par des professeurs d'université et des militaires. Dans la foulée, il décide que les professeurs du secondaire non agrégés pourront désormais participer à la correction.

Le mouvement de protestation des agrégés – entré dans l’histoire sous le nom de « grève du bachot » – est très mal reçu par l’opinion publique de gauche, qui n’admet pas que ces enseignants privilégiés puissent envisager de ne pas participer pas à l’effort collectif. La grève du bachot passe tout aussi mal à droite où elle est tenue pour une « trahison de classe » de la part de professeurs réputés appartenir à la bourgeoisie et qu’on pensait à l’écart des revendications sociales.

1927 est l’année où Albert Thibaudet publie La République des professeurs, un titre qui souligne le poids des normaliens – entre autres Herriot, Blum, Painlevé… – dans la vie politique française. Pour les historiens de l’enseignement, 1927 est également l’année où le métier de professeur, jusque-là tenu pour l’un des plus éminents, commence à perdre de son prestige dans la société française.

 

École Saint-Sigisbert à Nancy, vers 1900

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