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Orthographe : vers une nouvelle exigence ?

Orthographe : vers une nouvelle exigence ?

[Décryptages - Générations]

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Dans les années 1880, certains jurys du certificat d’études considéraient que le pluriel ne se justifiait que lorsque lesdits abricots n’étaient pas écrasés ! Dans le cas contraire, le singulier était de règle. Mieux valait ne pas se tromper ou avoir la chance d’échapper à ces jurys, car la sanction était lourde. Cinq fautes à la dictée du « certif » donnaient un zéro pointé – une note éliminatoire sans appel. D’aucuns qualifiaient la dictée du certificat d’études d’épreuve « guillotine », tant même les bons élèves risquaient de se faire coller sur des étourderies orthographiques.

En 1888, le directeur de l’enseignement primaire, Ferdinand Buisson – futur prix Nobel de la Paix en 1927 – décide de mettre un terme au « fétichisme de l’orthographe » qui contraint les instituteurs à consacrer trop de temps à son apprentissage au détriment de l’ouverture d’esprit des élèves.

Il demande à l’Académie française d’édicter des règles de tolérance orthographique à l’usage du monde de l’enseignement. Les immortels refusent de statuer. Les partisans d’une réforme orthographique se tournent alors vers Léon Bourgeois, ministre de l’Instruction publique – lui aussi futur prix Nobel de la Paix (1925). Se substituant à l’Académie, le ministre publie une circulaire recommandant la tolérance pour les élèves qui écriraient « aparaître » avec un seul « p » comme on écrit « apercevoir » ou « aglomération » avec un seul « g » à la façon d’« agrégation ».

La circulaire ministérielle n’est pas suivie d’effet. Les jurys d’examens limitent fermement les cas de tolérance. Quant aux enseignants, ils ne sont guère disposés à renoncer à l’autorité que leur confèrent les règles de dictée. L’orthographe demeurera longtemps la discipline reine de l’enseignement primaire français. A l’actif de cette politique : des élèves sortant du premier cycle en sachant bien lire et écrire. A son passif : un enseignement sans doute moins ouvert aux autres matières et à l’expérience que dans des pays voisins.

Pour faire évoluer cette situation, le Journal officiel publie en 1990 un ensemble de nouvelles règles orthographiques, approuvées par l’Académie française et progressivement adoptées, sans caractère contraignant, par le monde de l’enseignement. Cette libéralisation intervient alors que le niveau de lecture et d’écriture se dégrade dans les écoles françaises. La maîtrise insuffisante de l’écrit freine l’accès à la connaissance. Aussi, en vue de faciliter la compréhension des autres disciplines, certains préconisent-ils aujourd’hui le retour à une orthographe plus exigeante.

Un mouvement inverse à celui amorcé il y a plus d’un siècle, avec le même objectif, par Ferdinand Buisson !

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