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Brexit : Gibraltar, petite cause grands effets ?

Brexit : Gibraltar, petite cause grands effets ?

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Lorsque la reine Victoria monte sur le trône britannique en 1837 à la mort de son oncle Guillaume IV, le Royaume-Uni possède plusieurs territoires en Europe continentale, acquis au gré des remembrements du Vieux Continent. Les îles Anglo-Normandes relèvent de la couronne britannique depuis 1204.

Gibraltar, territoire espagnol conquis en 1704, appartient à l’Angleterre depuis le traité d’Utrecht de 1713 qui met fin à la guerre de Succession d’Espagne. Heligoland, un archipel de la mer du Nord situé à une cinquantaine de kilomètres de l’embouchure de l’Elbe, a été officiellement intégré au Royaume-Uni en 1814 au terme du traité de Kiel. Les îles Ioniennes, dont Corfou, sont sous protectorat britannique depuis 1815. Malte a été annexé en 1816. Par la suite, Chypre –géographiquement en Asie mais de culture européenne – sera cédé à la Grande-Bretagne par l’Empire ottoman en 1878.

De tous ces « confettis » continentaux, seuls les îles Anglo-Normandes et Gibraltar demeurent aujourd’hui sous souveraineté anglaise. Si la France n’a plus revendiqué les îles Anglo-Normandes depuis le traité de Vienne de 1815, la présence britannique à Gibraltar est en revanche à l’origine de tensions récurrentes entre Madrid et Londres depuis deux siècles.

La contestation de la souveraineté britannique sur le rocher s’est amplifiée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale au gré de l’autonomie croissante accordée à Gibraltar par le gouvernement anglais, en contradiction, selon la diplomatie espagnole, avec les dispositions du traité d’Utrecht. Le conflit atteint son paroxysme en 1968 lorsque le général Franco ferme la frontière espagnole pour protester contre l’organisation l’année précédente d’un référendum d’autodétermination ayant donné une majorité écrasante en faveur du maintien du rattachement au Royaume-Uni. La libre circulation ne sera rétablie qu’en 1985.

Le modus vivendi en vigueur depuis trente ans est à nouveau compromis par la perspective du Brexit. Les électeurs de Gibraltar s’étant massivement prononcés en juin 2016 contre la sortie de l’UE, le Foreign Office a prévu de négocier avec Bruxelles un statut permettant à sa colonie de demeurer au sein de l’Europe. Les autorités européennes ont accordé en avril 2017 à l’Espagne un droit de veto sur l’issue de cette négociation. Cette décision est considérée par le gouvernement anglais comme une mise en cause de la pleine souveraineté britannique sur le Rocher et un soutien inacceptable à la revendication historique de l’Espagne sur son territoire.

Pour des raisons notamment tactiques, les négociateurs britanniques pourraient faire de Gibraltar l’un des enjeux critiques du Brexit. Depuis la fin de la guerre froide, les 7 km2 attribués aux Anglais au sud de l’Espagne par le traité d’Utrecht n’ont plus guère d’importance militaire. Ils n’ont en revanche rien perdu de leur intérêt diplomatique !

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