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Paiement en espèces : la Suède, deux fois pionnière

Paiement en espèces : la Suède, deux fois pionnière

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A Stockholm ou Malmö, les boutiques refusant les billets et les pièces se multiplient. A l’église, la quête est faite par carte de crédit. Sur les trottoirs, les vendeurs de journaux de rue encaissent leurs ventes par téléphone. Le paiement en espèces est aujourd’hui si marginal qu’il en devient suspect. Au cours des dernières années, son usage a tant diminué au profit des applications mobiles que le législateur suédois envisage de supprimer la monnaie fiduciaire. Le pays qui a vu naître le billet de banque en 1658 pourrait être ainsi le premier à l’abroger !

Deux personnages hors du commun sont à l’origine de l’apparition du billet de banque dans le royaume de Suède. Le premier est la reine Christine, immortalisée à l’écran par Greta Garbo. A son abdication en 1654, elle lègue à son successeur Charles X Gustave un pays ruiné par ses extravagances et ses dépenses exorbitantes. C’est alors qu’intervient le second personnage clé dans la naissance du billet de banque : Johan Palmstruch, un négociant et aventurier hollandais.

A cette époque, trois types de monnaies circulent en Suède : comme partout en Europe des pièces d’or et d’argent, mais aussi des plaques de cuivre – le pays étant alors le premier producteur européen de ce métal.

Pour financer le Trésor royal laissé exsangue par Christine, la Couronne suédoise émet des plaques en quantité telle qu’elles deviennent prépondérantes dans la circulation monétaire. Du fait de la chute du cours du cuivre, ces plaques finissent par peser plusieurs kilos, rendant leur usage incommode. Palmstruch, qui a créé en 1657 la Banque de Stockholm, convainc Charles X Gustave de lui accorder le droit de prendre en dépôt ces plaques en contrepartie de l’émission de billets en papier au porteur.

D’abord gagés sur leur équivalent en cuivre, ces billets sont progressivement émis sans adossement métallique, avec pour seule garantie la solidité du bilan de la banque : le billet de banque fiduciaire moderne est né.

En 1668, la Banque de Stockholm fait faillite, mais son activité d’émission de billets est conservée par la Banque de Suède créée pour lui succéder et à laquelle le roi accorde le privilège de perception des droits de douane.

L’expérience suédoise fait des émules. Les banques d’Ecosse et d’Angleterre émettent des billets dès la fin du XVIIe siècle. La France suit à son tour leur exemple avec le système de Law en 1716, mais l’affaire se termine en banqueroute, tout comme l’émission d’assignats à partir de 1790 s’achèvera en déroute. Ce n’est que sous le Second Empire que les Français surmonteront leur méfiance à l’égard du papier-monnaie et que les billets de banque en petites coupures, tels que nous les connaissons aujourd’hui, réapparaîtront dans l’Hexagone.

En 2015, les Suédois n’ont réglé en espèces que 20% en volume et 2% en montant de leurs achats de commerce de détail, contre respectivement 44% et 5% pour en France. L’attachement au paiement en espèces serait-il inversement proportionnel à l’ancienneté de son usage ?
 

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