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Le prix Nobel de littérature : du conservatisme à l’audace

Le prix Nobel de littérature

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Tolstoï ou Sully Prudhomme ? Lorsque le comité de l’Académie suédoise chargé de désigner le premier prix Nobel de littérature se réunit en 1901, deux écrivains sont en « short list » : Tolstoï et Sully Prudhomme.

L’auteur de Guerre et Paix est universellement connu. C’est l’une des plumes les plus fécondes et les plus admirées du siècle qui vient de s’achever.

Pourtant, c’est sur Sully Prudhomme, un poète parisien ignoré hors de l’Hexagone, que le jury de Stockholm porte son choix. Le Français l’emporte sur son challenger russe parce que ses vers répondent au « puissant idéal » qu’Alfred Nobel a voulu récompenser par son prix, alors qu’Anna Karénine entraîne le lecteur dans la tragédie des passions.

Pressenti chaque année jusqu’à sa mort en 1910, Tolstoï ne sera jamais récompensé par l’Académie suédoise. Et, à l’exception de Kipling en 1907, aucun des dix premiers lauréats du prix Nobel de littérature ne laissera de trace durable dans l’histoire des Lettres. D’emblée, la plus haute distinction littéraire mondiale se voit reprocher d’honorer des auteurs secondaires et d’oublier certaines des grandes figures de la littérature contemporaine.

Dans un premier temps, c’est le syndrome Tolstoï qui explique ces lacunes. Henry James et Henrik Ibsen sont écartés pour les mêmes raisons que le patriarche d’Iasnaïa Poliana : trop pessimistes ! Entre les deux guerres, c’est le souci de neutralité politique qui affecte certains choix. Au milieu des années trente, Zweig et Musil auraient été, dit-on, ignorés pour ne pas froisser Berlin, et Gorki non récompensé du fait de sa trop grande proximité avec Staline.

Après la Seconde Guerre mondiale, le prix Nobel de littérature s’émancipe et n’hésite pas à distinguer des formes audacieuses d’écriture et des auteurs politiquement engagés. La polémique sur la pertinence de ses choix se déplace. Désormais, on ne lui reproche moins ses omissions – inévitables – que sa hardiesse. Quand Churchill est désigné en 1953, succédant à Mauriac et précédant Hemingway, le prix de littérature marche sur les plates-bandes de celui de la paix. D’ailleurs le « Vieux Lion » dira de lui-même : « Je ne savais pas que j’écrivais si bien ! » En 1997, la nomination de Dario Fo, au titre de sa production théâtrale et non de son œuvre littéraire, partage l’opinion publique. En 2004, la distinction accordée à la plume brutale et violente d’Elfriede Jelinek amène le professeur Knut Ahnlund à quitter l’Académie suédoise, au motif que la désignation de l’auteure autrichienne constitue un « choc d'une extrême gravité, ayant causé des dommages irréparables à la littérature de manière générale et à la réputation du prix en particulier ».

A son tour, le choix de Bob Dylan pour le prix 2016 a surpris. Au regard de l’histoire du prix Nobel de littérature, il n’est cependant pas extravagant.
Chaque décennie, les jurés suédois s’autorisent en effet une escapade aux marges de la littérature stricto sensu. Pour la décennie en cours, c’est en 2016 qu’ils se sont offert cette évasion !
 

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