"Deaccessioning" : une pratique en développement | KPMG | FR

"Deaccessioning" : une pratique en développement

"Deaccessioning" : une pratique en développement

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Le montant annuel moyen des acquisitions du musée du Louvre, premier musée mondial par la fréquentation, est de 8 millions d’euros, pour un budget de fonctionnement de près de 200 millions d’euros. Le Centre Pompidou consacre chaque année environ 2 millions d’euros à de nouvelles acquisitions, alors que son budget de fonctionnement atteint 100 millions d’euros. Le Metropolitan Museum de New York, premier musée américain, affiche un montant d’acquisition de 20 millions $ pour 300 millions $ de budget de fonctionnement. La galerie Tate Modern de Londres dispose de son côté d’une capacité d’investissement annuel en œuvres nouvelles de 3 à 5 millions £ pour un budget de fonctionnement de 90 millions £.

Dans les salles de vente, les Monet, Klein ou Rothko dépassent souvent 50 millions d’euros. Même des œuvres de moindre notoriété sont cotées plusieurs millions d’euros

Face à un tel déséquilibre entre leurs ressources et les prix de marché, comment les musées parviennent-ils à réaliser de nouvelles acquisitions ?
Tant en France qu’aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, les donations et legs d’œuvres d’art constituent la première source d’enrichissement des collections.

De part et d’autre de l’Atlantique, des financements spécifiques par souscription publique ou mécénat sont par ailleurs mis en œuvre pour des opérations exceptionnelles. En 2016, le Louvre a ainsi acquis conjointement avec le Rijksmuseum d'Amsterdam un double portrait de Rembrandt pour 80 millions d’euros, financés principalement par une contribution de la Banque de France.

En complément de ces modes de financement, une nouvelle technique est apparue outre-Atlantique, qui a gagné le Royaume-Uni et fait ses débuts en France : le « deaccessioning », ou désinvestissement. L’opération consiste à vendre des œuvres jugées non essentielles à l’homogénéité des collections pour dégager des ressources en vue de nouvelles acquisitions – à la façon des entreprises qui se séparent d’activités non prioritaires pour réinvestir dans leur cœur de métier.

Cette pratique, courante dans le secteur concurrentiel, fait l’objet de débats dans l’univers culturel. Quel que soit leur statut – généralement associatif aux Etats-Unis et principalement public en Europe – les musées ne sont pas considérés comme des marchands d’art mais comme des lieux de mémoire.

Des deux côtés de l’Atlantique, l’opinion publique est opposée au principe de cession de leur patrimoine. En Europe, leurs collections sont, de surcroît, souvent juridiquement inaliénables. Mais devant la faiblesse des capacités d’investissement des musées, on transige…

Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, des codes déontologiques de deaccessioning ont été publiés par des associations de directeurs et administrateurs de musées. Ils autorisent la cession d’œuvres, après autorisation d’instances ad hoc de gouvernance, et sous la condition de consacrer le produit de la vente à de nouvelles acquisitions et non à d’autres usages. La pratique du deaccessioning devient courante dans le monde anglo-saxon, avec parfois des dérives : le Royal Holloway, l’un des collèges de l’université de Londres, a ainsi vendu un Turner pour financer l’entretien de ses bâtiments.

En France, le deaccessioning est encore marginal et controversé. Le musée Marmottan, l’un des rares établissements à s’y être risqué, a suscité une polémique en cédant des éléments de mobilier issus d’un legs mais utilisés dans les bureaux et non présentés au public. Quant aux collections des musées nationaux ou celles relevant des collectivités locales, elles sont réputées non cessibles. Mais d’aucuns s’interrogent sur l’intérêt de conserver dans les réserves des œuvres d’artistes mineurs jamais exposées alors que – du fait de l’inflation du marché international de l’art – elles pourraient aujourd’hui se négocier au prix fort en Asie et augmenter significativement les budgets d’acquisition.

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