Le jumelage : un OVNI du droit international | KPMG | FR

Le jumelage : un OVNI du droit international

Le jumelage : un OVNI du droit international

[Décryptages - International]

1000

D'autres actualités sur le site

A l’entrée de la plupart des villes françaises, en dessous du panneau annonçant leur nom, on peut découvrir la liste, souvent longue, des localités étrangères avec lesquelles elles sont jumelées. Parmi les communes de plus de 10 000 habitants, neuf sur dix sont dans ce cas. Au total, quelque 6 000 des 36 000 communes sont jumelées avec au moins une municipalité étrangère.

La formule « jumelage de villes » apparaît au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et fait son entrée dans le dictionnaire en 1960. On la doit à un groupe de personnalités françaises (dont Jacques Chaban-Delmas) et allemandes réunies en 1950 en Suisse pour créer le Conseil des communes d’Europe (CCE), en vue de favoriser le rapprochement des anciens pays belligérants.

L’ambition du CCE est de dépasser les obstacles politiques freinant encore la réconciliation européenne en encourageant une coopération culturelle directe et informelle entre les communes. Les années cinquante voient ainsi se réaliser en Europe environ un millier de jumelages entre municipalités.

Le mouvement n’échappe cependant pas aux tensions de la guerre froide. En réaction à l’hostilité du CCE à l’égard des jumelages traversant le rideau de fer, la Fédération mondiale des villes jumelées (FMVJ) est créée en 1957 pour favoriser les regroupements de communes occidentales et de communes des pays de l’Est.

Les rapprochements s’accélèrent à deux reprises, d’abord dans les années soixante à la suite du rapprochement franco-allemand, ensuite dans les années quatre-vingt-dix après la chute du mur de Berlin.

Les deux principales structures coordonnant ces jumelages sont aujourd’hui encore les descendantes des deux organisations d’origine : le Conseil des Communes et Régions d’Europe (CCRE) est l’héritier du CCE, la Fédération mondiale des cités unies (FMCU) est issue de la FMVJ. Dans la continuité de leur principe fondateur, elles n’exercent pas de contrôle, leur rôle se limitant à la coordination.

Les modalités juridiques des rapprochements ont également conservé leur génétique initiale. Entre deux communes, le jumelage prend la forme d’un simple serment conjoint des municipalités de « promouvoir, à travers leurs échanges et leur coopération, les valeurs universelles que constituent la liberté, la démocratie, l’égalité, et l’Etat de droit ».

Ce serment, non contraignant, suffit à assurer aujourd’hui le fonctionnement efficace de 28 000 partenariats entre communes sur les cinq continents. Leur absence de formalisme et leur développement en marge du droit international inquiètent parfois les diplomates. Mais, plus d’un demi-siècle après ses débuts, n’est-ce pas la raison d’être du jumelage ?
 

Décryptages

Une rubrique ouverte sur le monde

Digest d'articles publiés en France et à l'International, sous un angle original et sous la forme d'une synthèse enrichie de chiffres et d'éléments d'actualité dans cinq domaines : Développement durable - Entreprises & Economie - International - Générations - Mot à mot.
Accès à tous les articles Décryptages

Nous contacter

 

Besoin de nos services ?

 

Soumettre