Grande incertitude dans les régions économiques suisses | KPMG | CH

Grande incertitude dans les régions économiques suisses

Grande incertitude dans les régions économiques suisses

La persistance de la force du franc, le manque de personnel qualifié et la réforme de l’imposition des entreprises III sont actuellement les trois principaux défis de l’économie suisse. Dans l’ensemble, le site économique est en proie à de nombreuses incertitudes qui affectent toutefois très différemment les régions. C’est ce que révèle un sondage réalisé par KPMG auprès de dix chambres de commerce et d’industrie cantonales.

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L’économie suisse est désorientée. Les principales raisons de ces incertitudes se situent dans la persistance de la force du franc, dans le manque déjà existant ou menaçant de personnel qualifié, parce que l’on ne sait pas encore comment l’initiative contre l’immigration de masse (IIM) sera mise en œuvre, et dans la prochaine réforme de l’imposition des entreprises (RIE III). La densité croissante des réglementations contribue également à l’incertitude générale, tout comme la relation bilatérale non clarifiée de la Suisse avec l’UE.
Tels sont les résultats d’un sondage qualitatif que KPMG a réalisé auprès de dix chambres de commerce et d’industrie dans les cantons de Bâle, Berne, Genève, Lucerne, Neuchâtel, Saint-Gall/Appenzell, Tessin, Vaud, Zoug et Zurich. Leurs responsables se sont exprimés sur les plus grands défis entrepreneuriaux dans les régions économiques concernées, sur les conditions cadres politiques et réglementaires, sur les critères d’économie nationale ainsi que sur les forces et les faiblesses spécifiques de l’économie régionale.

Force du franc, manque de personnel qualifié et RIE III: les plus grands défis dans toutes les régions

La haute valeur extérieure de la monnaie nationale, le manque de personnel qualifié et la RIE III sont de loin les défis des entreprises régionales les plus fréquemment mentionnés. Dans la question relative à l’importance des différentes conditions cadres politiques, la réglementation de la relation bilatérale avec l’UE et, partant, avec les principaux partenaires commerciaux, prédomine clairement. Le manque de clarté quant à la mise en œuvre de l’IIM ainsi que la menace d’une pénurie croissante de personnel étranger suscitent de grandes incertitudes dans toutes les régions économiques. Aujourd’hui déjà, les contingents consentis ne peuvent plus guère couvrir la demande des cantons.
Depuis longtemps en partie, les emplois dans la recherche et le développement ainsi que la production et les services de support sont délocalisés à l’étranger. Pour les personnes interrogées, il est donc d’autant plus important que les conditions cadres politiques soient conçues de sorte que tous les éléments importants de la chaîne de création de valeur soient maintenus sur la place économique suisse. Dans ce contexte, une organisation nettement plus flexible de la saisie du temps de travail revêt une grande importance, et la nouvelle réglementation de la Confédération est critiquée dans toutes les régions.

Une concurrence fiscale nationale plus intensive

La réduction des taux d’imposition ordinaires est perçue de façon différente d’une région à l’autre. De manière générale, une charge fiscale modérée pour les personnes physiques et morales est jugée importante par toutes les chambres de commerce et d’industrie, mais toujours en combinaison avec d’autres facteurs également importants pour l’attrait de la place économique. Les nouveaux instruments fiscaux, tels qu’ils doivent être introduits avec la RIE III, sont jugés différemment selon la structure économique. À Bâle, Genève et Neuchâtel, ces nouveaux instruments, notamment l’encouragement de la recherche et du développement, sont particulièrement bien accueillis.
Une partie des sondés espère qu’une baisse des taux d’imposition ordinaires dans le cadre de la RIE III compensera la suppression des avantages fiscaux accordés jusqu’alors et sera à même d’inciter les entreprises à rester en Suisse. Les représentants de l’économie de Berne et Zurich craignent que la RIE III puisse encore intensifier la concurrence fiscale intercantonale, car ces cantons étendus disposent de relativement peu de substrat de sociétés à statut fiscal spécial et une baisse importante des taux d’imposition ordinaires aurait des effets d’aubaine. Zoug craint d’être en butte à de nouvelles convoitises de la part de cantons bénéficiaires en lien avec la nouvelle péréquation financière (NPF) si ceux-ci sont contraints à une baisse significative des taux d’imposition. Alors que Lucerne déconseille, dans la situation actuelle, des hausses précipitées des taux ordinaires d'impôt sur le bénéfice, des baisses des taux sont en prévision à Genève et sont déjà réalité à Neuchâtel ainsi que dans le Canton de Vaud.

Infrastructures de transport améliorées

Des infrastructures de transport intactes et optimisées en permanence sont essentielles pour l’attrait économique dans toutes les régions. Alors que les cantons à caractère plutôt urbain sont confrontés à des problèmes de capacité, les cantons plus étendus et essentiellement ruraux souhaitent principalement supprimer les distances intracantonales et mieux intégrer les régions périphériques. Presque tous les sondés citent des projets concrets qui permettraient de renforcer les infrastructures régionales dans les transports publics comme individuels. Seule la Suisse centrale ne fait pas état d’une réelle nécessité d’intervention, à l’exception d’une éventuelle gare de transit et d’un contournement d’autoroute à Lucerne.

La numérisation, le plus grand défi de l’avenir pour l’économie

Pour ce qui est des futurs défis entrepreneuriaux, deux challenges sont particulièrement mentionnés dans toute la Suisse: d’une part, l’évolution fulgurante vers une société basée sur les connaissances et la contrainte d’innovation; d’autre part, la numérisation toujours plus globale de tous les domaines de l’économie et de la vie, aujourd’hui notamment désignée par des termes tels qu’Industrie 4.0 ou FinTech.

Les résultats cantonaux en détail

Les résultats du sondage indiquent que, dans l’évaluation des principaux défis actuels, il existe un consensus parmi les chambres de commerce et d’industrie cantonales. Les réponses révèlent néanmoins des différences régionales intéressantes:

Bâle-Ville/Bâle-Campagne
L’espace économique de Bâle dispose, avec l’industrie des sciences de la vie, d’une «branche directrice» à proprement parler, ayant pour objectif déclaré d’assurer le maintien de toutes les chaînes de création de valeur – de la recherche et du développement à la commercialisation, en passant par la production. Pour ce faire, il est indispensable de garantir la disponibilité en personnel qualifié venant des pays limitrophes, dont dépend l’ensemble de la région économique pour une part essentielle. L’économie bâloise exige que soient surmontées les frontières cantonales et nationales pour pouvoir s’assurer d’une présence renforcée et commune en tant que site économique dans le Berne fédéral et à l’étranger. En tant qu’espace économique ouvert et caractérisé traditionnellement par une orientation très internationale, Bâle exige la conclusion d’autres accords de libre-échange.

Berne
L’un des plus grands défis économiques de la région de Berne réside dans la charge fiscale élevée des personnes physiques, raison pour laquelle l’économie exige depuis longtemps, outre des taux d’impôt sur le bénéfice plus bas pour les entreprises, une réduction substantielle des taux d’impôt sur le revenu. Les instruments fiscaux mis en œuvre jusqu’alors ont contribué à l’établissement de nouvelles entreprises et devraient être compensés s’ils venaient à disparaître. À ce jour, l’économie bernoise a été avant tout touchée par des délocalisations dans le domaine de la production, moins dans le domaine de la recherche et du développement. La nouvelle loi sur l’aménagement du territoire a conduit à une raréfaction de l’espace disponible et elle restreint par conséquent les possibilités de développement pour le canton, mais aussi pour les entreprises. La gestion du réseau routier, surtout dans l’agglomération de Berne, est jugée insuffisante, et les goulots d’étranglement qui existent dans le réseau routier national (Murifeld, Grauholz) et dans le réseau ferroviaire (capacités de train de l’Oberland) doivent être supprimés. Les sondés attendent de l’administration une plus grande efficience, en particulier dans le domaine de la construction.

Genève
En tant que site économique fortement exposé et tributaire des exportations, Genève se focalise fermement sur l’espace européen mais regarde aussi en direction des États-Unis et de l’Extrême-Orient, notamment la Chine. La mentalité genevoise ouverte récemment mise en cause pour des raisons politiques sera au défi dans le cadre de la mise en œuvre de l’IIM si une nouvelle pénurie de personnel étranger, plus que nécessaire, devait se profiler. La numérisation en général et Industrie 4.0 en particulier représentent de grands challenges pour l’économie genevoise. Les industries d’avenir telles que la biotechnologie et le génie génétique doivent donc être davantage encouragées. La baisse du taux d’imposition ordinaire des entreprises à 13% prévue par le canton de Genève dans le cadre de la RIE III signifie pour les entreprises bénéficiant jusqu’alors d’une imposition favorable – et éminemment importantes pour Genève – une augmentation de fait et, pour le canton, une nette réduction des recettes à court terme. L’économie genevoise voit également des progrès à faire dans le domaine des infrastructures (traversée de Genève, fluidification à la frontière franco-suisse, là où cela s’avére possible, augmentation des capacités sur l’A1 et gare souterraine).

Lucerne
En raison de la forte croissance économique dans la région de Lucerne, il existe un certain besoin d’agir en ce qui concerne la disponibilité de bureaux abordables, en particulier pour les entreprises qui viennent s’y établir. Le mélange très hétérogène d’entreprises et les nombreuses PME ont largement contribué à amortir le choc du franc. L’économie espère qu’il y aura d’autres accords de libre-échange et souhaite une coopération beaucoup plus étroite avec d’autres cantons de Suisse centrale afin de bénéficier de synergies supplémentaires et de se présenter d’une seule voix vis-à-vis de l’extérieur. D’autres fusions de communes ne seraient pas non plus à exclure.

Neuchâtel
Pour l’économie neuchâteloise, une clarification des conséquences possibles d’une suppression des accords bilatéraux s’impose de toute urgence, car elle est largement tributaire de la disponibilité de personnel qualifié étranger. Tout comme Berne et le canton de Vaud, l’économie de Neuchâtel voit d’un œil très critique l’effet de la nouvelle loi de la Confédération sur l’aménagement du territoire, car celle-ci génère une pénurie sur le marché des bureaux et des logements – et Neuchâtel entend encore grandir, en particulier dans le secteur tertiaire. La délocalisation de capacités de production a déjà commencé à Neuchâtel mais, à la différence du reste de la Suisse, elle n’est pas vue de façon seulement négative car en contrepartie, et notamment pour l’industrie horlogère, des capacités sont mises en place dans la recherche et le développement et la «suissitude» est ainsi renforcée. La région économique de Neuchâtel a pour objectif déclaré de soutenir l’établissement de nouveaux sièges, en particulier dans l’industrie horlogère, le medtech, la micro-industrie et la nano-industrie, car les entreprises de Neuchâtel sont souvent tributaires de décisions prises en dehors de la Suisse. L’économie voit un besoin d’amélioration dans le domaine de l’habitat haut de gamme et dans les prix très élevés de l’énergie, qui affaiblissent la compétitivité de la place économique.

Saint-Gall/Appenzell
Dans la région économique de Saint-Gall/Appenzell, la charge administrative en tant que telle n’est pas un défi déterminant. L’État devrait cependant développer une mentalité plus favorable aux entreprises et optimiser la coordination au sein de l’administration. La région ressent depuis longtemps une perte d’influence, qui se manifeste dans deux souhaits: d’une part, une meilleure desserte de la région par une amélioration des infrastructures de transport (aménagement du contournement de Winterthour, jonction des deux autoroutes de la vallée du Rhin; construction du tunnel de Brütten), et d’autre part, un changement du concept d’aménagement suisse constitué de trois régions métropolitaines (Genève, Bâle, Zurich) en un aménagement du territoire qui conçoive la Suisse sous la forme d’une place économique unique et répartisse mieux les investissements centraux. La numérisation, désignée par l’expression «Industrie 4.0», place l’économie face à de grands challenges, et il sera essentiel de former et de conserver en Suisse orientale, en collaboration avec le secteur de l’éducation, le personnel informatique nécessaire, par exemple au moyen d’un site EPF en Suisse orientale. L’industrie de Suisse orientale est soumise depuis quelque temps à une forte pression, mais elle est habituée depuis des décennies, voire des siècles, en tant qu’économie orientée par tradition sur l’exportation, à affronter les changements structurels et la concurrence internationale.

Tessin
L’économie tessinoise exige des réajustements dans le rapport bilatéral avec l’UE, notamment des mesures d’accompagnement renforcées. Parmi les régions économiques sondées, le Tessin est le seul à ne pas accorder d’importance prioritaire à la force du franc et au manque de personnel qualifié, car la région a appris depuis longtemps à surmonter ces défis. De manière générale, l’économie se focalise bien plus sur le renforcement de la compétitivité et du système d’éducation, ainsi que sur une meilleure liaison avec la Suisse et les pays limitrophes – et ce en particulier vers le nord. Dans le domaine des infrastructures de transport, il existe un besoin d’amélioration tant dans les transports individuels que publics: le système actuel de transports en commun ne satisfait pas aux besoins de l’espace économique, et l’offre de places de stationnement est largement insuffisante. En effet, le transport individuel revêt au Tessin une très grande importance, d’une part en raison de la géographie du canton, étendue et finement ramifiée, d’autre part parce qu’une grande partie de la population locale active – de même que les nombreux frontaliers venant de l’Italie du Nord – doit disposer d’un véhicule pour parcourir les distances relativement grandes qui séparent leur domicile de leur lieu de travail.

Vaud
Dans le canton de Vaud, une baisse des taux ordinaires d’imposition revêt une importance croissante. Les incitations fiscales spéciales jouent un rôle important, en particulier dans la recherche et le développement ainsi que dans la fondation d’entreprises. La région économique est au beau milieu d’un changement fondamental en termes de mondialisation, et la tendance inexorable à la numérisation pèse lourd dans la balance. Les entreprises vaudoises ont déjà délocalisé depuis quelque temps leurs activités de production. Les activités de recherche et de développement ainsi que les services sont désormais en point de mire, le site économique disposant, grâce à un pôle de connaissances compétitif (EPFL, université), de centres de compétence forts et d’une part élevée de start-up. Comme l’activité de construction a nettement augmenté ces derniers temps, la disponibilité de bureaux abordables est garantie pour un avenir proche, mais il existe toujours une pénurie de logements à prix raisonnables. La nouvelle loi sur l’aménagement du territoire, qui empêche les investissements importants, constitue un problème.

Zoug
Un niveau de prix et de coûts de 30% plus élevé qu’en Allemagne n’est désormais plus jugé tolérable dans la zone économique de Zoug. C’est pourquoi une dévaluation intérieure du franc suisse est soumise à discussion afin de pouvoir maintenir l’attrait à long terme, en tant que place économique, dans la concurrence internationale. Des activités de production ont déjà été délocalisées, de même que des services de support comme HR, IT et Finances – et ce, non seulement dans les grandes entreprises mais aussi, de manière croissante, dans les moyennes entreprises. Néanmoins, l’économie zougoise a aussi pour objectif de maintenir dans la région des activités de production et des emplois moins qualifiés. À cet effet, il lui est essentiel de se pencher intensivement sur Industrie 4.0 et de maintenir la proximité avec d’importants instituts de recherche à Zurich, Lucerne et Rapperswil. Zoug entend conserver les taux ordinaires d’imposition bas, mais le canton ressent aussi les conséquences financières des grandes difficultés du secteur des matières premières et des finances et craint simultanément d’autres conséquences négatives pour les charges déjà très élevées résultant de la RPT dans le cadre de la RIE III, ce qui pourrait mettre à rude épreuve la solidarité suisse.

Zurich
L’espace économique de Zurich exprime aussi le souhait d’une administration orientée client, et la densité de réglementations est ressentie comme particulièrement pesante, par exemple dans le domaine financier. Diverses infrastructures de transport requièrent une optimisation et il s’agit tout particulièrement d’améliorer le régime de vols de sorte à pouvoir garantir la fonction de plate-forme intercontinentale de l’aéroport. En outre, il appartient d’améliorer les liaisons nord-sud et est-ouest dans les transports en commun ainsi que la capacité des routes autour de la ville de Zurich. L’économie zurichoise s’attache particulièrement à garantir la disponibilité de personnel étranger pour l’industrie de précision, la technologie de l’information, le secteur financier et le secteur de la santé. C’est pourquoi elle s’engage fortement pour une poursuite de la convention sur la libre circulation des personnes avec l’UE en particulier et – en tant que région fortement orientée exportation – des contrats bilatéraux en général. Elle demande par ailleurs la conclusion d’autres accords de libre-échange et, dans ce contexte en particulier, une meilleure protection de la propriété intellectuelle. Dans le cadre de la délivrance de contingents pour la main-d’œuvre étrangère venant de pays tiers, les sondés font remarquer qu’un traitement efficient, mais aussi des dispositions détaillées, qui règlent p. ex. la venue des partenaires/conjoints ou le regroupement familial, sont déterminants.

Méthodologie

L’enquête qualitative a été réalisée sous forme d’interviews auprès de représentants de premier ordre de dix chambres de commerce et d’industrie dans les cantons de Bâle, Berne, Genève, Lucerne, Neuchâtel, Saint-Gall/Appenzell, Tessin, Vaud, Zoug et Zurich. A l’aide d’un questionnaire, les participants ont tout d’abord été interrogés sur ce qui représente pour eux les trois plus grands défis pour leur région économique. Les sondés ont ensuite été invités à classer par ordre d’importance différentes conditions cadres politiques et réglementaires ainsi que des critères d’économie nationale et de les préciser par des exemples concrets et des commentaires. Les personnes interrogées ont alors pu s’exprimer sur les particularités régionales ainsi que sur les domaines thématiques et industriels présentant un besoin d’amélioration urgent.

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