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«Un travail de titan»

«Un travail de titan»

Dans son étude, Jérôme Cosandey explique qu’aujourd’hui, seuls les cantons et les assureurs maladie profitent d’un traitement efficient en termes de coûts. Or, pour que la pression sur les coûts soit suivie d’effets, les patients doivent également en retirer certains des avantages.

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Jérôme Cosandey est l’auteur de l’étude d’Avenir Suisse «Une politique hospitalière saine».

Jérôme Cosandey est l’auteur de l’étude d’Avenir Suisse «Une politique hospitalière saine».

Dans votre étude, vous évoquez le fait qu’aujourd’hui, seuls les cantons et les assureurs maladie profitent d’un traitement efficient en termes de coûts. Mais pour que la pression sur les coûts puisse s’imposer, le patient devrait également être impliqué dans le processus. Permettez-nous de vous poser une question un peu dérangeante: avez-vous déjà fait une comparaison des prix avant un séjour à l’hôpital?

Avant cette étude, je ne m’étais effectivement jamais posé cette question. Et c’est précisément ce dont il s’agit: en tant que patient, je paie uniquement ma franchise, et celle-ci est vite atteinte lors d’une hospitalisation. En qualité de patient, je ne remarque pas si l’intervention coûte CHF 5000 ou plus. Rien ne m’incite à m’informer du prix lors du choix de l’hôpital.

Les assurances devraient désormais avoir pour mission de compenser l’asymétrie d’informations entre médecin et patient. Notre objectif n’est pas de promouvoir une «médecine bon marché». Mais si je savais où j’obtiens le meilleur rapport qualité-prix au regard de mes besoins, cela influencerait ma décision de façon déterminante. L’incitation monétaire que nous proposons doit en outre favoriser la pression concurrentielle entre les hôpitaux: l’hôpital doit proposer au moins la même qualité que la concurrence, et il devrait être encouragé à le faire à des coûts encore plus intéressants.

Au final, le patient pourrait choisir son hôpital selon ses critères individuels. Personne ne devrait se sentir contraint de devoir opter pour un «second choix».

Vous souhaitez donc offrir aux patients, en tant que clients, la même liberté de décision que celle dont ils bénéficient pour d’autres produits, afin de stimuler la concurrence?

Exactement, cette idée de concurrence faisait aussi déjà partie du nouveau financement des hôpitaux. Mais pour que la concurrence fonctionne, trois critères doivent être garantis: l’accès au marché pour tous les compétiteurs – celui-ci est toutefois restreint par les listes d’hôpitaux. Ensuite, le client doit avoir le libre choix parmi les prestataires – cela n’est que partiellement possible en dehors d’un canton. Enfin, la transparence doit régner sur l’offre – et même avec le nouveau financement des hôpitaux, les chances sont là aussi limitées.

En tant que patient, je souhaite bénéficier d’un système dans lequel mon assureur maladie m’informe sur les différences de qualité. Pas seulement en raison de la réduction de prime possible, mais aussi parce que j’obtiens ainsi une «seconde opinion» sur les prestations.

Un dicton populaire dit que «la santé n’a pas de prix.» Vous encouragez maintenant la concurrence et, partant, «l’économisation» du secteur de la santé. Commet cela est-il conciliable avec la qualité?

Vous avez raison: la santé est un bien précieux. Au premier abord, il peut donc paraître étrange de se réclamer ici de considérations économiques. Pourtant, il est dans l’intérêt de tous d’exiger le maximum de qualité pour l’argent dépensé. Personne ne profite des inefficiences – encore moins les patients dans un hôpital mal organisé.

Vous indiquez aussi dans votre étude qu’il devrait y avoir une instance externe pour surveiller cette qualité?

C’est exact. Nous aimerions que l’accès au marché ne soit pas limité par des réflexions relevant de la politique cantonale ou régionale. Ce sont plutôt des normes de qualité valables dans toute la Suisse qui devraient déterminer si un hôpital peut participer au marché. Comme lorsque quelqu’un veut exploiter un restaurant à Zurich: seul celui qui satisfait aux exigences de sécurité et d’hygiène peut ouvrir un restaurant. Et c’est bien ainsi.

Aujourd’hui déjà, l’inscription sur des listes d’hôpitaux implique que l’hôpital réponde à de tels critères de qualité, par exemple les chiffres de cas minimaux. Mais les différences cantonales donnent à réfléchir. En effet, il se trouve que c’est généralement l’hôpital cantonal qui répond à ces critères: tous les hôpitaux publics figurent sur les listes d’hôpitaux. Il est aisément concevable que les cantons ne souhaitent pas désavantager leurs propres hôpitaux.

Nous souhaitons séparer politique et domaine hospitalier: les cantons et les principaux acteurs du secteur hospitalier peuvent encore déterminer la méthode de mesure de la qualité. Mais les valeurs limites d’un critère de qualité spécifique doivent être fondées scientifiquement et ne devraient pas être influencées par la politique régionale.

Vous parlez aussi dans votre étude des prestations d’intérêt général (PIG), qui fonctionnent pour de nombreux hôpitaux publics sous la forme de subventions occultes, alors qu’elles devraient soutenir l’enseignement et la recherche. Etes-vous opposé à un tel soutien?

Non, une rétribution distincte pour l’enseignement et la recherche est tout à fait correcte. Mais les PIG peuvent aussi rémunérer des prestations pour des raisons de politique régionale. Cette possibilité n’est pas définie en détail. S’il s’agit de garantir par là des soins d’urgence dans des régions de montagne, je n’ai rien contre. Là où il n’y pas de service régulier sur l’année comme dans les grandes villes, il n’est guère possible qu’un hôpital se finance uniquement au moyen des forfaits par cas. Cela doit être compensé par les PIG.

Mais il est étonnant que le canton de Genève, par exemple, paie chaque année CHF 460 millions de PIG, dont environ un tiers seulement va à la recherche et à l’enseignement. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire, dans une zone d’agglomération telle que Genève, de maintenir des structures. Les soins médicaux nécessaires seraient certainement garantis également sans subvention.

Lorsqu’un canton souhaite garantir les soins nécessaires via les PIG, il devrait en outre recourir à des appels d’offres. Cela permettrait de fixer un prix de marché local pour la prestation hospitalière et d’éviter les distorsions de la concurrence.

A votre avis, la Suisse est-elle prête pour votre plan?

Nous sommes conscients qu’il s’agit d’un travail de titan. La santé est toujours un thème qui déchaîne les passions. Prenez l’exemple de la votation de l’année dernière dans le canton de Neuchâtel, où se sont élevées des voix qui pensaient qu’une ville telle que La Chaux-de-Fonds devait avoir droit à son propre hôpital. Il ne s’agissait pas de qualité ou de nécessité. Il s’agissait seulement d’émotions. Et celles-ci influencent la politique.

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