Table ronde sur le thème de la croissance économique | KPMG | CH

Table ronde sur le thème de la croissance économique

Table ronde sur le thème de la croissance économique

Mathias Binswanger, Matthias Michel et Stefan Pfister discutent des impulsions de croissance possibles pour l’économie suisse et se penchent sur la question de savoir si la Suisse reste attractive pour les investissements de l’étranger.

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Matthias Michel, le conseiller d’Etat zougois / Stefan Pfister, CEO du KPMG Suisse / Mathias Binswanger, le professeur d’économie politique

Comment évaluez-vous les conditions cadres réglementaires pour l’économie en Suisse?

Prof. Mathias Binswanger: En comparaison internationale, les conditions cadres réglementaires ne sont pas si mauvaises en Suisse. Toutefois, nous avons nous aussi tendance à vouloir contrôler chaque problème en introduisant de nouvelles réglementations. Cela fait naître une mentalité dans laquelle il s’agit avant tout de ne pas transgresser les règles afin de ne pas être tenu responsable d’une erreur quelconque. Cela vaut également pour la durabilité. Le principal, c’est que toutes les entreprises soient certifiées et que l’on ait le bon label.


Conseiller d’Etat Matthias Michel:
Je considère également la situation suisse comme bonne par rapport à d’autres pays. Mais quand je vois le nombre d’exigences qui affluent de tous côtés en direction des acteurs économiques et que celles-ci sont imposées de surcroît par voie réglementaire sous forme de lois, je suis quelque peu préoccupé. Il y a bien sûr toujours de nouvelles revendications, tout à fait fondées aussi, comme par exemple dans le domaine environnemental et énergétique. Mais, d’une part, celles-ci sont trop fréquemment traitées au moyen de réglementations restrictives plutôt que d’instruments d’économie de marché. Et, d’autre part, personne n’a le courage ni la volonté de réduire ou de transformer les réglementations conventionnelles. La loi sur le travail, qui date des années 60 du siècle dernier et ne tient plus compte des formes actuelles du monde du travail, en est un bon exemple.


Stefan Pfister: KPMG se penche sur le thème de la réglementation depuis deux perspectives: d’une part, nous sommes nous-mêmes concernés, par exemple dans le cadre de la loi sur le travail susmentionnée. D’autre part, nous voyons une densité de réglementations croissante chez nos clients, en particulier dans le domaine des services financiers. D’une manière générale, les réglementations sont judicieuses là où elles octroient une liberté entrepreneuriale ou individuelle, renforcent la sécurité ou assurent l’égalité des chances pour les différents acteurs. Mais nous devons veiller à ne pas surréglementer et à ne pas empiler réglementation sur réglementation, car un trop grand nombre de réglementations crée non seulement des tâches administratives supplémentaires, mais étouffe aussi en particulier les investissements importants. Nous ne devons pas non plus oublier les coûts économiques des réglementations. Les résultats d’une étude réalisée il y a quelques années par KPMG Allemagne pour le compte de l’Union suisse des arts et métiers sont alarmants: dans les seuls domaines du droit du travail, des assurances sociales et de l’hygiène alimentaire, les réglementations coûtent chaque année 4 milliards de francs.

La Suisse est-elle toujours attractive pour les investissements de l’étranger?

Stefan Pfister: De nombreuses multinationales sont venues en Suisse en raison des qualités bien connues du site, mais elles voient ces atouts en partie menacés aujourd’hui. C’est ce que révèle un sondage que KPMG a réalisé l’année dernière auprès de plus de 850 entreprises multinationales établies en Suisse. Le droit du travail libéral, la disponibilité de personnel qualifié ainsi que l’imposition attractive des entreprises sont d’importants facteurs de localisation. Mais aujourd’hui, il nous faut mettre quelques points d’interrogation derrière ces trois aspects. Nous devons par ailleurs nous demander, dans le cadre de la votation sur la Stratégie énergétique 2050, quelles priorités nous devons fixer à l’avenir en matière de politique énergétique.  

Investissons-nous suffisamment dans l’infrastructure suisse?

Conseiller d’Etat Matthias Michel: Oui, c’est le cas: les décisions du Parlement et du peuple concernant les fonds de financement de l’infrastructure ferroviaire et des routes nationales montrent que la Suisse crée de bons instruments financiers pour un développement à long terme des infrastructures. Ceux-ci incluent aussi les coûts subséquents de l’entretien et de l’exploitation de ces infrastructures de transport, ce qui est exemplaire. Ces deux exemples démontrent également que les moyens sont certes limités, mais qu’il ne peut pas s’agir, en cas de demande accrue, d’investir simplement davantage d’argent dans les infrastructures. D’autres mesures relevant de la demande revêtiront aussi une importance croissante dans les transports, mais pas seulement dans ces derniers. Je pense là à de nouvelles formes de financement comme le Mobility Pricing, qui sert non seulement d’instrument de financement, mais aussi d’outil visant à une maîtrise plus intelligente de notre comportement en termes de mobilité. Malheureusement, aujourd’hui comme hier, le soutien accordé par les milieux bourgeois et économiques est insuffisant.

Revenons-en à la pénurie de personnel qualifié: quelle influence la fin possible des relations bilatérales avec l’UE aurait-elle pour l’économie suisse?

Stefan Pfister: Le succès économique de la Suisse a toujours reposé sur une vaste intégration internationale. Cela se reflète également dans nos entreprises: KPMG Suisse est très orientée à l’international, et nos clients sont eux aussi intégrés au niveau mondial, qu’il s’agisse de moyennes ou grandes entreprises suisses ou de firmes internationales. Au sein de KPMG, nous travaillons souvent et avec succès au-delà des frontières. Pour toutes ces raisons, un échec des accords bilatéraux I et, partant, la fin de la libre circulation des personnes nuiraient gravement à la place suisse.


Prof. Mathias Binswanger: Malgré tout, les relations internationales de la Suisse sont meilleures, en général, que nous ne nous l’imaginons ici. La Suisse est et reste un pays très orienté sur l’international. Ni l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse ni le refus de la réforme de l’imposition des entreprises III y changent vraiment quelque chose.

Où voyez-vous les plus gros obstacles à la croissance pour l’économie suisse?

Conseiller d’Etat Matthias Michel: Je vais prendre l’exemple de la réforme fiscale, et ce pas seulement pour des raisons d’actualité: en ce qui concerne le fond, je suis convaincu que le Parlement va ficeler un nouveau paquet qui sera bon pour les entreprises suisses. Mais ce qui me préoccupe, c’est l’érosion croissante de la stabilité des conditions cadres helvétiques, dont le verdict du peuple face à la RIE III est un exemple. Jusqu’à présent, la stabilité et la fiabilité faisaient partie de nos vertus. La sécurité juridique et prévisionnelle pour l’avenir constitue la meilleure base d’investissement, mais celle-ci est de plus en plus remise en question. L’une des raisons réside pour moi dans une certaine saturation de la prospérité, qui nous permet apparemment de nous écarter de nos vertus. Un autre obstacle est le doute croissant sur les conquêtes du libre marché. Le protectionnisme nuira particulièrement aux petites économies nationales comme celle de la Suisse. En tant que pays fortement orienté vers l’exportation, nous sommes tributaires d’accords multilatéraux comme ceux qui existent dans le cadre de l’OMC. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de limiter le jeu de pouvoir des grands, car les opérations seront surveillées par un tribunal arbitral fonctionnant en partenariat. Enfin, le mécanisme actuel de péréquation financière empêche les cantons d’attirer les entreprises, car la RPT crée des incitations négatives, en particulier chez les cantons receveurs.


Stefan Pfister: La force du franc suisse continue d’être un grand défi pour l’ensemble de l’économie suisse  – en particulier pour le secteur de l’exportation. De nombreuses entreprises ont certes appris à vivre avec la nouvelle situation, mais la charge supplémentaire d’une monnaie forte ou de coûts de production et de salaires élevés reste un gros problème dans l’exportation.

Quels sont les principaux moteurs d’une croissance économique durable en Suisse?

Prof. Mathias Binswanger: Cela dépend de ce que l’on entend par durabilité. Comme cela n’est absolument pas clair, nous pouvons seulement parler des moteurs de croissance. La conjoncture à l’étranger joue ici le rôle principal. La Suisse a une croissance élevée quand elle est stimulée par les exportations. Des branches telles que l’industrie pharmaceutique et les instruments de précision, mais aussi les services, jouent un rôle important. Un aspect durable réside dans le fait que la Suisse a dans l’ensemble une structure de branches très diversifiée, avec de nombreuses PME. Cela la rend relativement robuste.


Stefan Pfister:
La numérisation offre à la Suisse des chances uniques pour l’avenir. Dans le cadre du Whitepaper «Shaping Switzerland’s digital future», KPMG a esquissé 7 champs d’innovation possibles. Ainsi, l’économie numérique mondiale génèrera une chaîne de création de valeur entièrement nouvelle. Les délocalisations vers les pays à bas salaires devraient perdre de leur attrait, car les compétences seront davantage demandées dans les domaines technologiques, comme par exemple l’analyse de données. Avec son infrastructure bien développée ainsi que son haut degré de stabilité, de sécurité juridique et de protection des données, la Suisse dispose d’excellentes bases pour devenir un atelier numérique pour l’économie mondiale. Mais si elle veut saisir ces chances, elle doit investir encore plus dans la recherche et le développement.

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