Interview avec Jens Alder | KPMG | CH

«Nous devons saisir les opportunités de l’avenir énergétique»

Interview avec Jens Alder

Jens Alder s’exprime sur les défis du secteur énergétique suisse et sur les opportunités offertes par la numérisation.

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Jens Alder, président du Conseil d'administration d'Alpiq

Peter Dauwalder: Comment évaluez-vous les conditions cadres politiques actuelles pour la branche suisse de l‘énergie?

Jens Alder: L’ouverture du marché de l’électricité s’est arrêtée à mi-chemin. Dans le cadre du monopole, les producteurs d’électricité qui ont des clients finaux et un réseau réglementé peuvent répercuter leurs coûts sur les clients finaux. Les purs producteurs d’électricité sans clients finaux et sans réseau propre doivent vendre leur énergie, issue de centrales nucléaires et hydrauliques suisses, sur le marché aux prix de revient. Le régime réglementaire tel qu’il est conçu aujourd’hui fait que nous ne pouvons réaliser de bénéfice ni dans l’énergie nucléaire, ni dans l’énergie hydraulique. Les conditions cadres politiques devraient donc être définies de telle sorte que la production d’électricité nationale soit de nouveau rentable.

Quelles pistes de solutions voyez-vous?

Nous avons besoin d’urgence d’un consensus politique afin de déterminer dans quelle mesure nous devons rester dépendants de l’étranger dans la production d’électricité. Il n’existe pas de tel consensus aujourd’hui. Je pense que, dans le domaine de l’approvisionnement en électricité, une certaine idée d’autarcie est enracinée au sein de la population suisse. Le refus de l’initiative pour la sortie de l’énergie nucléaire l’a aussi montré. En fixant le taux d’auto-approvisionnement comme objectif, la politique pourrait, dans une prochaine étape, définir les règles du jeu du marché avec de nouveaux modèles. L’accord sur l’électricité avec l’Union européenne ainsi que la mise en place d’une institution helvétique qui serait responsable de la sécurité de l’approvisionnement seraient d’autres mesures importantes. Actuellement, cela n’est pas défini clairement.

La stratégie énergétique 2050 de la Confédération pourra-t-elle y remédier?

La stratégie énergétique 2050 est un pas dans la bonne direction, mais elle ne résout pas le problème de l’absence d’un cadre de réglementation. La solution à notre problème entrepreneurial à long terme, ou plutôt le déficit d’énergie hydraulique et nucléaire, se situe en effet en dehors de l’entreprise. Nous ne pouvons sortir de cette situation difficile en faisant continuellement des économies – même si, comme j’aimerais le souligner ici, nous avons déjà beaucoup progressé.

Où voyez-vous les plus grands défis pour Alpiq?

Le principal est que nous puissions assurer une gestion axée sur la préservation de la valeur et garantir l’accès au marché des capitaux. D’une part, le régime réglementaire doit être adapté de sorte que les purs producteurs d’électricité aient eux aussi la possibilité de transformer les cash-flows négatifs, sur le long terme, de l’énergie nucléaire et de la force hydraulique en cash-flow positifs. D’autre part, nous devons développer nos domaines d’activité rentables, Commerce & Trading et Energy Services. Je suis convaincu que cette stratégie de diversification est la bonne. En outre, nous devons nous débarrasser de notre montagne historique de dettes.

Où en êtes-vous actuellement dans le processus de restructuration?

Notre objectif est d’équilibrer le cash-flow, car à l’heure actuelle, la partie diversifiée de notre activité ne peut absorber le déficit de la production suisse. C’est pourquoi nous prévoyons de vendre près de la moitié de notre portefeuille hydraulique. Cette mesure – j’évite sciemment de parler de stratégie – pourra largement stabiliser Alpiq et rétablir l’équilibre. Nos désinvestissements visant à une réduction de l’endettement net et les programmes de réduction des coûts avancent en parallèle.

Quelles chances attendez-vous de la numérisation pour le secteur énergétique?

De mon point de vue, la numérisation comprend deux aspects: d’une part, l’évolution technologique et, d’autre part, la transformation fondamentale de notre modèle commercial. Dans le domaine technologique, nous misons sur des investissements ciblés, qui ont chez nous la priorité. Notre activité nucléaire nous offre ici un énorme potentiel d’optimisation. La numérisation entraîne aussi un changement profond des modèles commerciaux, où des prestations entièrement nouvelles pourront trouver un marché. Ainsi avons-nous de plus en plus de «Prosumers», qui sont à la fois producteurs et consommateurs d’énergie. Compte tenu de ces évolutions, nous nous focalisons de manière ciblée, en tant qu’entreprise, sur les besoins de ces clients.

Comment faites-vous avancer l’innovation?

En dépit de la situation de restructuration dans laquelle nous nous trouvons, nous nous efforçons de faire avancer les investissements dans la numérisation. Nous aimerions nous engager encore davantage pour la place de recherche suisse. Mais pour cela, il nous faudrait pouvoir à nouveau générer davantage de valeur ajoutée dans l’activité phare, la production suisse d’électricité.

Quelles autres tendances voyez-vous dans la branche?

Nous assistons à une internationalisation croissante, tout au moins sur une base continentale. Actuellement, Alpiq participe à divers gros projets intéressants dans l’espace européen et a acquis un prestataire leader dans le domaine de la gestion de charge en Grande-Bretagne. Nous avons en outre élargi différents partenariats stratégiques.

Quels enseignements avez-vous déjà tirés personnellement de votre travail pour Alpiq?

Je suis très impressionné par le management et les collaborateurs ainsi que par la détermination avec laquelle ils relèvent ces challenges et font progresser les réductions des coûts. Je me sens très bien avec le management dans mon travail quotidien. Ensemble, nous avons pu mettre sur pied, en très peu de temps, une stratégie fondée que nous allons maintenant réaliser. En revanche, je suis horrifié par la réglementation suisse, dénuée de concept et d’objectif. C’est la raison pour laquelle nous sommes contraints de nous concentrer en grande partie sur les problèmes de la production suisse d’électricité au lieu de saisir les chances de l’avenir énergétique.

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