«Nous devons coopérer encore plus étroitement avec la population»

«Nous devons coopérer encore plus étroitement»

Force du franc, politique fiscale, commerce extérieur et politique économique en Suisse: Monika Rühl s’exprime sur les principaux défis actuels de l’économie suisse.

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Monika Rühl

Monika Rühl, Présidente de la direction, economiesuisse

Qu’en est-il actuellement du site économique suisse?

La base de la place économique est toujours très solide, soutenue par les facteurs de succès bien connus comme les marchés ouverts, la sécurité juridique, la stabilité politique, l’infrastructure performante, l’environnement fiscal compétitif, une excellente offre de formation et – tout au moins encore pour le moment – l’accès à du personnel qualifié venant de l’étranger. Cependant, de nombreuses incertitudes viennent ternir le tableau: la plus grande et la plus actuelle d’entre elles est le franc fort, ou la faiblesse de l’euro, selon la perspective. A l’heure actuelle, le taux de change est très volatil, et personne ne sait dans quel sens il va évoluer dans mois à venir. Dans cet environnement tendu, la pression sur l’industrie exportatrice, le tourisme et le commerce de détail est très forte. Certes, toutes les branches et toutes les entreprises de Suisse ne sont pas tributaires au même titre de l’évolution du cours du franc. Mais nous nous attendons dans l’ensemble à un ralentissement de la croissance économique et à une augmentation du chômage d’ici la fin de l’année.

Ce sont là des perspectives inquiétantes pour les prochains mois. Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus à moyen terme?

A moyen terme, la mise en œuvre de l’initiative contre l’immigration de masse est clairement au centre de nos préoccupations. Celle-ci représente sous deux aspects un grand challenge. D’une part, elle soulève la question de l’accès au personnel qualifié étranger, dont notre économie a besoin d’urgence. D’autre part, il faut considérer le maintien des accords bilatéraux avec l’Union européenne. Nous avons encore le temps de trouver une solution jusqu’en février 2017. Mais cet aiguillage dans la relation avec nos voisins est une question décisive qui devra être résolue dans un futur proche.

Quelles sont les prochaines étapes nécessaires en matière de politique? Par où la Suisse doit-elle commencer?

Je compare volontiers la situation actuelle avec celle d’un jongleur, qui doit lancer et en même temps maintenir plusieurs balles. Cela ne se passe pas sans risque ni sans expériences douloureuses, mais c’est aussi une chance d’affronter simultanément plusieurs problèmes et évolutions et de créer ainsi une base stable pour l’avenir. Compte tenu  du franc fort, nous devons aider les entreprises concernées à réduire leurs coûts. Cela signifie, pour nous et la politique, que nous devons diminuer les impôts et les charges et endiguer d’une manière générale la vague de réglementations. D’un côté, nous luttons contre la création de nouvelles interventions réglementaires qui entraînent des coûts pour l’économie, comme par exemple la stratégie énergétique 2050 ou l’«économie verte». De l’autre, nous avons élaboré un document qui liste quelque 40 réglementations existantes que l’on pourrait annuler à nouveau sans problème. De plus, la politique et les groupes d’intérêts doivent avoir le courage et la clairvoyance nécessaires pour discuter également des dossiers désagréables et difficiles, comme par exemple l’introduction d’un taux unique de taxe sur la valeur ajoutée.

Ce sont en majeure partie des mesures que nous pourrions réaliser en régie propre. Comment devons-nous faire face aux thèmes de la libre circulation des personnes et des contrats bilatéraux en étant tributaires de la participation de l’UE?

L’économie et nous-même, en tant qu’association faîtière, avons développé, à l’intention du Conseil fédéral, une proposition de mise en œuvre pour la réglementation de l’immigration. La mise en œuvre doit être favorable à l’économie, ce qui signifie que l’accès au personnel qualifié étranger doit rester garanti. Je rappelle que la Suisse doit depuis des décennies sa prospérité et sa force économique à une grande partie de l’immigration de main-d’œuvre qualifiée étrangère. Notre proposition repose sur trois piliers: à l’aide d’une clause de protection, du personnel qualifié pourrait encore, jusqu’à un certain niveau, immigrer en Suisse selon le principe de la libre circulation des personnes. Ensuite, il faudrait appliquer le principe du contingentement, jusqu’à ce qu’un maximum soit atteint. Le deuxième pilier soutient une meilleure mise à profit du potentiel des Suisses: nous visons ici essentiellement les personnes plus âgées et les femmes. Dans ce domaine, nous disposons encore d’un très gros potentiel. Le troisième pilier de notre concept prévoit des efforts soutenus à la fois des entreprises publiques et de l’administration: nous attendons de ces organisations une participation active et surtout aussi une haute efficience dans leur travail. Mais nous devons aussi simultanément renforcer la Suisse dans la concurrence internationale, ce qui, entre autres, est l’objectif de la 3e réforme de l’imposition des entreprises – une autre balle jetée en l’air, d’une importance capitale pour notre pays.

Où economiesuisse peut-elle, en tant qu’association faîtière de l’économie suisse, exercer le plus d’influence par ses ressources et ses compétences?

Notre mission est d’influencer les dossiers en suspens de sorte qu'ils représentent les intérêts de l'économie. Il ne s'agit pas de soutenir ou d’améliorer la situation de certaines branches, voire d’entreprises. Notre but est bien plus d’assurer le bien-être de l’ensemble de la place suisse. Les entreprises sont innovantes, flexibles, mobiles, et aussi de plus en plus interconnectées au niveau international. Si la Suisse ne parvient plus à offrir une plate-forme attractive pour les libertés et l’épanouissement entrepreneuriaux, les entreprises s’en iront. De plus, nous devons – et cela est pour moi particulièrement important – collaborer à nouveau étroitement avec la politique et la population. La politique économique nous concerne tous. Nous devons mieux expliquer l’économie et son importance et désamorcer les craintes et les préjugés envers une élite économique devenue suspecte aux yeux de beaucoup. Dans les mois et les années à venir, des initiatives hostiles à l’économie seront à nouveau soumises à votation. Nous ne pouvons influencer ces initiatives et ces référendums dans notre sens que si nous parvenons à expliquer de façon crédible à la population les effets des décisions politiques.

Le rôle du peuple et de la politique en tant que garants d’un ordre économique libéral a-t-il changé en Suisse?

Aujourd’hui, nous avons un nombre clairement plus élevé d’acteurs dans le processus politique. Compte tenu de cette fragmentation thématique et contextuelle, il est devenu plus difficile, pour nous, de conclure des alliances et de gagner des majorités. A la polarisation croissante des axes politiques s’ajoute un amenuisement de la soumission aux autorités. Les gens remettent en question la politique, ils remettent en question l’économie et les institutions, et ils votent et décident de plus en plus selon leurs intuitions et leurs émotions.

Attendez-vous des changements à ce sujet après les élections parlementaires de l’automne?

J’attends des élections d’automne qu’un nombre plus important de personnalités fasse le saut dans le Parlement. Dont à nouveau encore davantage d’entrepreneurs et de leaders d’opinion qui soutiennent, par leur engagement politique, l’idée du système de milice. Nous encourageons les entreprises en Suisse – en collaboration avec l’union patronale – à accorder à leurs collaborateurs les libertés nécessaires pour pouvoir assumer des fonctions politiques.

Dans quelle mesure l’audit et le conseil aux entreprises contribuent-ils, à votre avis, à l’économie nationale?

Les sociétés d’audit et de conseil ont un rôle charnière important entre les consignes nationales et internationales: en effet, dans notre économie mondiale globalisée, de nombreuses réglementations ont atteint un degré de complexité que les entreprises comme les autorités étatiques ne parviennent pratiquement plus à maîtriser seules. Dans ce contexte – mais bien entendu aussi pour les questions centrales de l’optimisation des affaires –, des entreprises comme la vôtre occupent, du point de vue du marché financier, un rôle essentiel.

Quelles évolutions attendez-vous pour le site suisse dans les dix prochaines années?

Nous vivons dans une société en constant vieillissement, et nous avons tous sous-estimé les conséquences d’un tel vieillissement sur le marché du travail ainsi que sur les soins de santé et l’assurance sociale. Mais je crois fortement au progrès technologique dans tous les domaines de la vie. Je crois en la force d’innovation, et je suis curieuse de savoir comment la place suisse va évoluer dans les prochaines années. Si nous contemplons tout ce qui a bougé au cours des dix dernières années, nous pouvons nous attendre à de nombreux changements…

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