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Innovation de rupture

Risques stratégiques

Risques stratégiques

En cette ère de perturbations et de réorientations constantes, l'incapacité de s'adapter peut se traduire par une incapacité de demeurer en affaires. Pourtant, tout comme l'immobilisme comporte un risque, on s'expose aussi à des dangers en adoptant de nouvelles technologies sans avoir procédé à une analyse attentive. En fait, la viabilité de toute organisation dépend de sa capacité à identifier les risques qui auront une incidence sur sa stratégie et de s'adapter proactivement à des technologies perturbatrices.

À cette fin, nous pouvons tirer d'importantes leçons en voyant comment les entités réagissent à la montée de la chaîne de blocs. Toutefois, voyons d'abord pourquoi il ne faut pas perdre de vue les risques stratégiques.

Stratégie et risques : les deux côtés de la médaille

On peut notamment décrire un risque stratégique comme un risque qui pose une menace pour la stratégie d'affaires d'une entité ou qui peut en résulter. Les risques stratégiques peuvent découler d'un plan d'affaires inapproprié ou mal exécuté, ou même de l'incapacité de la société de s'adapter aux changements survenus dans le contexte concurrentiel, économique, juridique ou économique[1]. Il peut s'agir de nouveaux concurrents ou de percées technologiques, de modèles d'affaires innovateurs ou de tendances démographiques, voire de mouvances politiques et de changements réglementaires.

Compte tenu de leurs conséquences éventuelles pour la stratégie et la durabilité d'une organisation, les sociétés doivent garder à l'esprit les risques stratégiques qui se posent. Il faut donc établir le lien entre les risques et le processus stratégique; la direction et le conseil d'administration doivent relever les risques susceptibles de se répercuter sur la stratégie, mettre en place une structure pour surveiller les risques existants et potentiels, réagir de façon proactive afin d'en atténuer les effets, et revoir périodiquement l'hypothèse qui sous-tend une stratégie pour s'assurer qu'elle correspond aux risques identifiés et à la stratégie. Si l'organisation ne prend pas de telles mesures, elle risque de perdre des parts de marché, de se priver de possibilités d'expansion ou de compromettre sa capacité de réaliser un plan stratégique.

L'histoire récente regorge d'exemples de sociétés prospères qui ont été lentes à reconnaître les risques stratégiques ou à y répondre et qui en ont payé le prix. Dans le monde du divertissement, par exemple, des sociétés de câblodistribution et des chaînes autrefois puissantes comme Blockbuster ont été éclipsées par les services de diffusion continue en ligne tels que Netflix et Amazon Prime. Dans le secteur du détail, des leaders du marché qui ont ignoré ou négligé les canaux numériques perdent maintenant du terrain au profit de vendeurs en ligne mieux adaptés.

La vitesse à laquelle un risque stratégique peut se répercuter sur une entreprise témoigne de la nécessité, pour les sociétés, d'établir un processus visant à relier le risque au processus stratégique. Il suffit de demander l'avis des intervenants du secteur de l'hôtellerie qui ont vu Airbnb dominer le marché en moins d'une décennie. Autrefois qualifiée d'engouement passager, cette société d'habitation partagée en libre-service a été évaluée à plus de 31 G$ US en 2017 et poursuit son expansion, laissant les marques hôtelières bien établies se disputer une part de marché en déclin.

Finalement, une organisation doit absolument se concentrer sur les risques stratégiques pour assurer sa durabilité. « Aucune entreprise ni aucun conseil ne peut tenir le rythme sans évaluer constamment sa stratégie et ses risques et apporter progressivement des ajustements[2]. » Si vous n'anticipez pas les conséquences ou les possibilités à venir pour votre entreprise, vous augmentez le risque qu'elle tire de l'arrière.

Chaîne de blocs : un élément perturbateur pour votre entreprise?

Peu de technologies ont dominé les conversations relatives aux effets perturbateurs autant que la chaîne de blocs. Comme le décrivent succinctement Don et Alex Tapscott, auteurs du livre Blockchain Revolution, la chaîne de blocs est un registre numérique incorruptible de transactions économiques qui peut être programmé pour enregistrer non seulement des transactions financières, mais pratiquement tout ce qui a de la valeur. 

Par sa nature, la chaîne de blocs est attrayante pour de nombreux secteurs. Le modèle de la chaîne de blocs élimine notamment la nécessité d'avoir recours à un intermédiaire, par exemple une banque, pour des transactions financières, ce qui réduit considérablement les frais et le temps nécessaires à la conclusion d'un échange. Dans le secteur du détail, la technologie de la chaîne de blocs peut aussi maximiser l'efficience et l'exactitude d'une chaîne d'approvisionnement, tandis que des secteurs comme les soins de santé, l'assurance ou la gestion d'actifs peuvent bénéficier de la capacité d'encoder et d'échanger des dossiers personnels de première importance.

La technologie de la chaîne de blocs est relativement nouvelle, du moins auprès du grand public. Néanmoins, elle constitue un excellent exemple d'élément perturbateur pouvant présenter à la fois des possibilités pour ceux qui savent en tirer parti et des risques pour ceux qui choisissent d'en ignorer les avantages potentiels ou de l'adopter sans disposer de l'infrastructure, du savoir-faire et des informations nécessaires pour l'exploiter efficacement.

Devant un éventuel élément perturbateur, les sociétés devraient tout d'abord revoir les conséquences pour leur entreprise, les répercussions potentielles sur sa stratégie et les risques pouvant se poser selon qu'elles y adhèrent ou non.

N'oubliez pas : les risques stratégiques sont aussi des possibilités

Comme pour tout élément perturbateur, la chaîne de blocs est une technologie qu'on peut difficilement ignorer. Diverses entités des secteurs public et privé prennent déjà l'initiative en appliquant cette technologie à leurs activités. Plus près de nous, une société énergétique majeure a récemment lancé une campagne afin d'attirer les mineurs de cryptomonnaies dans la province et prévoit maintenant un bassin de plus de 30 sociétés, tandis qu'une grande institution financière a récemment célébré la réussite de son essai de chaîne de blocs au moyen de la plateforme AlphaPoint's Distributed Ledger et une autre constate les avantages d'appliquer la technologie de la chaîne de blocs à son programme de récompenses pour la clientèle.

Nous ne pouvons pas non plus ignorer les incidences de la chaîne de blocs dans le domaine des monnaies numériques, et la monnaie d'origine canadienne poursuit sans nul doute sur sa lancée.

Ailleurs dans le monde, la chaîne de blocs a été utilisée par divers gouvernements pour réduire la fraude lors de scrutins, par les organismes de bienfaisance pour retracer l'attribution, la comptabilisation et l'intégrité des dons, et par les médias pour mieux contrôler les droits de propriété.

Les exemples de succès ne manquent pas. Ils partagent souvent une caractéristique commune : les organisations qui en ont reconnu les avantages et qui y ont réagi stratégiquement.

Volet d'une démarche solide de gestion des risques

Les risques stratégiques doivent s'inscrire dans une démarche solide de gestion des risques qui doit elle-même être perçue comme une partie intégrante de la stratégie d'entreprise. Toutefois, l'intégration des risques stratégiques nécessite diverses mesures et prises en compte.

  • Front commun : comme pour toute démarche de gestion des risques, l'adhésion de toutes les parties prenantes est nécessaire afin que les risques stratégiques demeurent prioritaires. Le conseil d'administration doit consacrer le temps nécessaire à la stratégie et aux risques stratégiques (p. ex., par de la formation, des présentations, la consultation d'experts externes), et la direction doit mettre en œuvre un processus d'examen environnemental afin de contrôler les risques stratégiques et de saisir les nouvelles technologies, les tendances de consommation, les tactiques des compétiteurs et d'autres changements externes importants.
  • Contrôle de votre environnement : gardez constamment un œil sur les conditions du marché, les nouvelles technologies, les changements à la réglementation et les tendances démographiques pour vous assurer d'avoir pleinement tenu compte de l'environnement extérieur lors de l'élaboration de votre stratégie. 
  • Agilité : les entités doivent créer une culture de sensibilisation aux risques stratégiques et être prêtes à répondre aux changements survenant dans le contexte des affaires et de l'économie et à tirer avantage des nouvelles possibilités à mesure qu'elles se présentent.
  • Collaboration avec des experts : vous n'avez pas à gérer seul les risques stratégiques. La collaboration d'experts indépendants pourrait grandement vous aider à identifier les risques potentiels, à évaluer l'état actuel de votre entité et à travailler avec toutes les parties prenantes à la conception d'un itinéraire à des fins de transformation.

En termes simples, en adaptant davantage votre démarche de gestion des risques à votre stratégie d'entreprise, vous pourrez prendre de meilleures décisions qui correspondront à la mission et à la vision de votre société. La chaîne de blocs n'est qu'un exemple de risque stratégique qui peut comporter à la fois des avantages et des pièges, mais ce n'est pas le seul exemple de ce type et ce n'est certainement pas le dernier à se présenter.

[1] Adaptation du rapport de gestion 2011 d'IAG, p. 45

[2] Traduction d'une citation d'un administrateur de société ouverte tirée de la publication Global Boardroom Insights de KPMG (septembre 2015).