Numéro 6, décembre 2015 | KPMG | CA

Numéro 6 : Le secteur minier tourné vers l’avenir

Numéro 6 : Le secteur minier tourné vers l’avenir

Les entreprises sont peut-être prêtes à viser plus haut que leur survie financière et commencent à penser à leur croissance future.

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Numéro 6, décembre 2015 : Le secteur minier tourné vers l’avenir

Que disent les sondages?

« Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais, c’est peut-être la fin du commencement. » - Winston Churchill

La plupart des acteurs du secteur minier reconnaissent que la dégringolade des prix des marchandises ces trois dernières années, après les sommets atteints au début du siècle, a certainement fait grimper le taux d’anxiété des sociétés minières. En plus de réduire les revenus, le repli des prix a fait fuir les investisseurs. En même temps, on s’entend aussi pour dire que les coûts d’exploitation et d’investissement étaient devenus incontrôlables. Il semblerait que le fardeau psychologique commence maintenant à s’alléger. Un récent sondage de KPMG indique que les craintes qui ont freiné l’élan du secteur en Amérique du Nord est en train de s’estomper et ce, malgré l’absence de signes d’amélioration des facteurs externes.

Tous les ans, au mois de septembre, les participants au forum des dirigeants du secteur minier en Amérique du Nord organisé par KPMG sont invités à répondre à un court sondage sur l’importance relative qu’ils accordent aux risques auxquels le secteur minier est exposé. La taille du groupe et le taux de participation élevé assurent la représentativité statistique de l’échantillon recueilli. C’est pourquoi nous croyons que les résultats reflètent assez justement le point de vue des dirigeants sur la situation du secteur minier en Amérique du Nord et la constance du sondage permet de dégager des tendances d’une année à l’autre.

Les résultats de cette année ont été particulièrement instructifs pour ce qui est de dégager des tendances. Depuis plusieurs années, les dirigeants accordaient une importance prioritaire aux risques financiers fondamentaux, comme le risque de liquidité, à la réduction des coûts d’exploitation, à la répartition du capital et au nationalisme lié aux ressources naturelles.

Pour la deuxième année d’affilée, le risque lié aux prix des marchandises est perçu comme le principal risque dans le domaine des mines. Toutefois, la capacité de remplacer les réserves, notamment par l’accès à de nouveaux projets, arrive maintenant au deuxième rang alors qu’elle se classait au dixième rang l’an dernier. D’autres risques ont gagné en importance, se faufilant aux troisième et quatrième places : il s’agit, respectivement, du risque lié à la délivrance des permis et des relations avec la collectivité (appelé le « permis social d’exploitation »). Ces deux éléments ont remonté de trois places dans le classement et font maintenant partie des cinq principaux risques perçus par le secteur. Les années précédentes, les risques financiers occupaient les cinq premières places; la plupart d’entre eux se trouvent maintenant entre la cinquième et la dixième position.

Ces résultats indiquent que les entreprises sont peut-être prêtes à viser plus haut que leur survie financière et commencent à penser à leur croissance future. Il est également possible qu’elles voient le risque d’un recul de la production se profiler à l’horizon, lequel serait une conséquence directe de la réduction des dépenses d’exploitation des ressources au cours des dernières années. Mais, dans un cas comme dans l’autre, les efforts déployés pour réduire les coûts, rationaliser les portefeuilles d’actifs et renforcer les bilans ont produit des résultats. De nombreux acteurs du milieu sont d’avis que ces risques ont été atténués par les robustes programmes de compression des coûts mis en place au sein des entreprises. Fait important à souligner, les sociétés minières commencent à s’intéresser à des enjeux d’avenir même si les indicateurs de la croissance économique, des prix des marchandises et des marchés boursiers ne permettent pas d’entrevoir une reprise imminente de la croissance dans leur secteur d’activité. Cette orientation pourrait amener une certaine stabilité au sein du secteur, permettant ainsi aux sociétés de se positionner en prévision d’une éventuelle reprise de la croissance économique mondiale et des prix des marchandises.

Faire face aux nouveaux risques préoccupants

Si le sondage révèle que les sociétés minières sont effectivement prêtes à tourner la page, quelles mesures de gestion des risques devront-elles prendre pour éviter que les mêmes erreurs ne se répètent?

D’abord, le fait que les entreprises aient élaboré des stratégies et mis en œuvre des plans d’action pour atténuer les principaux risques financiers ne signifie pas que ces problèmes ont été entièrement résolus. Ils figurent toujours parmi les dix risques les plus préoccupants et doivent continuer d’être étroitement gérés. Cependant, comme les présentateurs l’ont souligné lors de la séance sur la gestion des risques du forum de cette année, de nombreuses entreprises ont raffiné leur approche en matière de gestion du risque d’entreprise qu’elles considèrent comme un outil stratégique plutôt que comme un simple exercice de conformité.

Les sociétés qui font figure de modèles à cet égard relient les risques aux objectifs et stratégies de l’entreprise, prenant délibérément des risques stratégiques et intégrant les hypothèses qui en découlent aux processus en place. Cette méthode est préconisée par les administrateurs et les hauts dirigeants convaincus que la clé du succès réside dans l’intégration de la gestion du risque d’entreprise aux activités. La présence de risques non financiers et axés sur l’avenir dans les cinq premières places du classement pourrait révéler l’émergence d’une nouvelle stratégie consistant à détecter et à éliminer ces risques dès leur apparition, alors qu’on peut les transformer en atouts pour atteindre les grands objectifs de l’entreprise.

La priorité accordée par les dirigeants aux enjeux axés sur l’avenir, comme l’accès aux nouveaux projets, pourrait relancer le marché des fusions et acquisitions. Comme l’a souligné un conférencier au forum, « la stratégie en matière de F&A deviendra le facteur de réussite déterminant à l’avenir. Le rythme de découverte du minerai ne sera jamais aussi rapide que le rythme d’exploitation, et c’est pourquoi il faut se tourner vers les acquisitions. »

Dans l’ensemble, le marché des F&A est demeuré stagnant, les participants n’ayant pas tiré profit du cours peu élevé ou en déclin de la plupart des actions pour faire des acquisitions à bas prix. Les signaux en matière de volume et de valeur des transactions clignotent depuis plusieurs années. Pour entrer de plain-pied dans la nouvelle phase de croissance des mines, les entreprises devront trouver le moyen, que ce soit par emprunt ou émission d’actions, d’obtenir le financement nécessaire pour faire des acquisitions, à des conditions satisfaisantes.

Le faible niveau d’activité du marché des F&A aura cependant eu un effet positif en favorisant l’éclosion d’approches de négociation extrêmement novatrices. Ainsi, le nombre de fusions entre égaux et de transactions reposant uniquement sur l’émission d’actions a bondi. On observe également davantage de regroupements de petites sociétés minières et d’investissements stratégiques de grandes sociétés dans des projets d’exploitation. Les nouveaux types de transactions portant sur le recyclage du métal et les contrats de redevances sont de plus en plus courants. Les jalons d’un nouveau marché, ouvert et novateur, ont été posés, ouvrant la voie à une vaste gamme de nouvelles approches en matière de F&A. En emboîtant le pas et en adoptant sans attendre une stratégie audacieuse, les entreprises auront plus facilement accès à de nouveaux projets.

Afrique du Sud : un point de vue singulièrement différent

Fort du succès du forum des dirigeants du secteur minier en Amérique du Nord, KPMG en Afrique du Sud a organisé son propre forum en septembre 2015. Le forum, version sud-africaine, cherchait à définir les mesures que les entreprises devraient envisager de prendre pour faire face à l’avenir dans un contexte minier où les défis abondent. Les sujets abordés comprenaient la responsabilité sociale, l’approvisionnement en énergie en Afrique, l’éthique et l’impact de la technologie et des autres changements sur l’avenir des entreprises minières.

À la séance d’inauguration, KPMG en Afrique du Sud a invité les participants à remplir le sondage soumis aux dirigeants du secteur minier en Amérique du Nord. La comparaison des résultats des deux sondages illustre les différences qui peuvent exister dans la façon de voir les choses d’une région à l’autre au sein du même secteur. Six des dix principaux risques perçus sont présents dans les deux listes, mais dans un ordre différent et les écarts sont parfois saisissants. Par exemple, le problème numéro un mentionné en Amérique du Nord est le risque lié aux prix des marchandises, alors que l’Afrique du Sud se préoccupe avant tout de l’accès aux ressources énergétiques et à l’eau, un point qui figure au 12e rang en Amérique du Nord. Ce classement n’est pas étonnant compte tenu des coupures de courant fréquentes qui touchent autant les entreprises que les ménages dans toute l’Afrique. La crise de l’électricité qui sévit actuellement en Afrique du Sud a d’ailleurs été largement abordée au forum.

Au deuxième rang des préoccupations des dirigeants en Afrique du Sud figurent la syndicalisation, qui gagne du terrain dans le pays, et les demandes d’augmentations salariales, un risque qui se classe en 24e position chez leurs homologues nord-américains. Les risques classés aux 6e et 11e rangs en Afrique du Sud – la productivité et la pénurie d’ouvrier – sont également liés à la main-d’œuvre. On les retrouve aux 16e et 18e rangs dans la liste nord-américaine. De toute évidence, les enjeux relatifs à la main-d’œuvre se situent au sommet des priorités des sociétés minières sud-africaines. Nombre d’entre elles ont d’ailleurs été engagées dans des négociations syndicales longues et difficiles qui ont débouché, dans certains cas, sur des grèves et des protestations violentes.

Si on analyse les résultats dans l’autre sens, on voit que les risques numéros 2 et 3 cités par les dirigeants nord-américains (accès aux nouveaux projets et risques liés à la délivrance de permis) se classent aux 10e et 19e rangs chez les Sud-Africains. Parallèlement, les risques classés en 5e et 6e positions en Amérique du Nord (risque de liquidité et risque environnemental) se retrouvent aux 17e et 12e rangs en Afrique du Sud.

Qu’est-ce qui explique ces différences? Les deux régions partagent les mêmes inquiétudes au sujet des prix des marchandises et du ralentissement économique, deux facteurs qui, pour l’essentiel, échappent au contrôle de la direction. Pourtant, quand on examine les défis stratégiques et opérationnels des deux communautés, on dirait bien que le risque est dans l’œil de celui qui le vit. Les dirigeants sud-africains s’attachent aux problèmes immédiats comme les revendications de la main-d’œuvre et la rareté des intrants quand leurs contreparties nord-américaines s’inquiètent davantage du risque lié à la délivrance des permis et de l’accès aux nouveaux projets, laissant suggérer qu’ils commencent à porter leur attention sur des enjeux à plus long terme.

Dans les deux régions, les résultats du sondage confirment l’importance de se doter d’un processus de gestion du risque d’entreprise rigoureux pour détecter les nouveaux risques et s'attaquer à l'enchevêtrement de questions complexes qui se posent à l’échelle de l’entreprise. 

Sommaire et conclusions

Les résultats du sondage annuel de KPMG au Canada mené dans le cadre du 11e forum des dirigeants du secteur minier en Amérique du Nord montrent une évolution des tendances par rapport aux dernières années. La survie de l’entreprise, qui constituait le premier objectif des équipes de direction, a cédé le pas à des enjeux d’avenir qui se sont hissés parmi les 10 principaux risques sectoriels. Les dirigeants commencent peut-être à se tourner vers l’avenir malgré la volatilité persistante des facteurs externes tels que l’économie mondiale, les prix des marchandises et les marchés boursiers.

Ce léger déplacement des priorités pourrait découler des mesures prises par les sociétés minières pour réduire les risques financiers et qui commencent à porter leurs fruits. Le sondage démontre que les problèmes financiers ne sont pas tous résolus pour autant, mais ils semblent avoir diminué d’intensité par rapport aux deux dernières années. De plus, les sociétés minières ont adopté un angle plus stratégique en matière de gestion des risques. Il est possible que certains risques axés sur l’avenir se profilent à l’avant-scène afin que les entreprises puissent évaluer leur potentiel stratégique. En tout état de cause, les résultats du sondage laissent entrevoir une période de relative stabilité pour le secteur minier, en attendant l’amélioration des facteurs externes.

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