Numéro 5, novembre 2015 : L’innovation progressive | KPMG | CA

Numéro 5 : L’innovation progressive

Numéro 5 : L’innovation progressive

En matière d’innovation, le secteur minier pourrait se doter d’une stratégie progressive et continue, conforme à ses objectifs à court terme.

Associée, Audit et leader nationale, Mines, RGV

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Une bonne approche pour le secteur minier?

En affaires, on associe généralement l’innovation à des secteurs  tels que la  technologie, les soins de santé, l’industrie pharmaceutique et l’aérospatiale.  Ces secteurs ont fait de l’innovation leur marque de commerce et  ils consacrent  d’importants budgets à la recherche et au développement. Une industrie lourde  comme les mines pourrait-elle emprunter la même voie? A-t-elle jusqu’à  maintenant misé sur l’innovation pour améliorer le rendement de  ses activités?

Ce n’est pas l’avis de plusieurs présentateurs et commentateurs du secteur présents au Forum des dirigeants du secteur minier organisé par KPMG, qui s’est tenu le 15 septembre à Vancouver. Selon eux, les sociétés minières s’en sont tenues pour la plupart à une approche sporadique, déployant peu d’efforts pour développer une véritable culture d’innovation. Rares sont les entreprises qui ont établi des processus pour intégrer l’innovation. Leurs budgets de R et D sont généralement négligeables, si on les compare aux résultats publiés dans les Perspectives mondiales de KPMG pour le secteur des métaux en 2015. Selon ce rapport, 32 % des entreprises du secteur des métaux interrogées prévoient consacrer plus de 6 % de leurs revenus à la R et D au cours de la prochaine année. On sait déjà que les fournisseurs constituent une source importance d’innovation technologique et, malgré cela, de nombreuses sociétés minières ne tirent pas pleinement profit de ce « cadeau » à valeur ajoutée. 

Il faut toutefois replacer ces commentaires dans leur contexte. De nombreuses observations faisaient référence à l’innovation technologique qui ne constitue peut-être pas le point fort du secteur minier, ce qui ne l’a pas empêché d’exceller dans d’autres domaines d’innovation. La responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et le « permis social d’exploitation » sont des politiques innovantes qui ont été créées, élaborées et adoptées par le secteur minier. Certaines des plus importantes sociétés minières prévoient informatiser leurs opérations pour optimiser la production et réduire les coûts dans un contexte marqué par la faiblesse des prix des marchandises. L’industrie a également réalisé des progrès dans la gestion de l’environnement grâce à la CSR et à l’application des normes de conformité.

Il ne manque pas d’exemples illustrant la capacité du secteur minier à innover lorsque c’est nécessaire pour saisir des occasions ou contrer un risque. Mais lorsque l’innovation ne permet pas d’atteindre des buts à court ou à moyen terme, le secteur est plus réticent à la considérer comme un facteur de croissance. Devant les défis qui menacent leur survie, de nombreuses entreprises n’ont d’autre choix que de se concentrer sur le court terme. Dans les circonstances, le « manque d’innovation » ne figure pas parmi leurs dix – ni même leurs vingt – priorités.

Peu d’entreprises disposent du temps et des ressources pour créer des structures et des processus formels favorisant l’innovation et elles sont encore moins nombreuses à vouloir utiliser leurs maigres capitaux pour investir massivement en R et D, à moins d’être assurées d’en retirer un bénéfice substantiel et mesurable. Cette réticence est en partie imposée par les investisseurs qui veulent à tout prix éviter que la direction n’ajoute un nouveau facteur de risque à un secteur qui en comporte déjà beaucoup. En parlant de la carence du financement de la recherche parmi les sociétés minières, un conférencier au Forum a fait le commentaire suivant : « Les actionnaires n’aiment pas la recherche parce qu’elle ne génère pas de rendement immédiat sur le capital investi. »

Quelle est donc la solution à privilégier pour le secteur minier? Il ne fait aucun doute que les entreprises pourraient bénéficier de l’innovation, notamment pour accroître l’efficience opérationnelle et acquérir davantage d’agilité en prévision de la phase ascendante du cycle des marchandises. Évidemment, pour les nombreuses entreprises qui traversent une période de crise, une stratégie d’innovation ne doit pas interférer avec les autres objectifs ni mobiliser trop de temps ou de ressources. En l’état actuel des choses et compte tenu des risques encourus, il ne saurait être question d’adopter une stratégie formelle qui ferait obstacle à d’autres initiatives importantes comme l’optimisation des coûts, la gestion du risque d’entreprise, la gestion de projet et l’efficience de la chaîne d’approvisionnement. Il faut plutôt se tourner vers une approche progressive favorisant l’intégration de l’innovation dans le cadre même des autres initiatives. Voici quels pourraient être les quatre piliers d’une telle stratégie :

  • Collaborer avec les fournisseurs

Comme nous l’avons déjà mentionné, l’une des principales voies vers l’innovation dans le secteur minier passe par les fournisseurs. À mesure que les fournisseurs améliorent leurs produits et services, ils intègrent les dernières technologies numériques, sans fil et mobiles. Par exemple, l’interaction entre diverses pièces d’équipement pourrait être gérée en ligne, permettant ainsi d’avoir un portrait global de l’ensemble des données minières. Les fabricants de matériel suivent par GPS les déplacements des véhicules (souvent opérés sans conducteur) en temps réel. Ils utilisent également des capteurs de données diffusées en continu pour mesurer l’usure de diverses composantes, comme les pneus, dans un souci d’optimisation de l’efficience. La technologie prêt-à-porter permet même de suivre les travailleurs et de comptabiliser leurs heures de service, en plus d’améliorer l’efficience et la sécurité. Quant aux scanners de haute technologie, ils améliorent également l’efficience en facilitant la détermination de la teneur, le tri et la sélection du minerai. Plusieurs de ces technologies bénéficient de l’automatisation, améliorant les solutions existantes et favorisant l’élaboration de nouveaux systèmes. 

La plupart de ces technologies ont ceci de commun qu’elles permettent aux entreprises de consulter une imposante base de données qu’elles peuvent continuer d’enrichir pour optimiser leur performance et réaliser des gains d’efficience. La valeur de ces données n’est pas contestée, même au sein des compagnies minières. Pourtant, au dernier forum des dirigeants du secteur minier, un fournisseur important a mentionné qu’à peine 10 % des clients utilisaient les données générées par le matériel de l’entreprise. Dans le dossier de l’innovation, les technologies des fournisseurs représentent des solutions de facilité dont les minières pourraient tirer profit à peu de frais. Sans compter qu’évoluer vers un modèle d’affaires misant sur la collaboration avec les fournisseurs présente, pour de nombreuses entreprises, beaucoup moins de risques que d’entreprendre un vaste projet de transformation.

  • Évoluer vers une culture d’entreprise propice à l’innovation

Une stratégie informelle en matière d’innovation repose en grande partie sur l’instauration d’une culture d’entreprise ouverte qui accueille et valorise les idées innovantes. Les employés hésitent parfois à communiquer des suggestions créatives de crainte qu’on leur reproche d’en « faire trop » ou que la haute direction ne les prenne pas au sérieux. Une campagne d’information parrainée par un groupe présent à l’échelle de l’entreprise, les Ressources humaines par exemple, et appuyée par la haute direction et le conseil d’administration peut se révéler utile à cette fin. L’accès direct à un « champion » de l’innovation et la rétroaction sur les idées adoptées permettraient également d’accélérer les échanges et d’encourager les employés de la base à soumettre des idées.

  • S’inspirer du secteur pétrolier et gazier

Le secteur du pétrole et du gaz naturel présente de nombreuses similitudes avec celui des mines, puisqu’il doit lui aussi relever les défis propres aux secteurs primaires et éprouve le même besoin d’explorer et d’exploiter de nouvelles réserves.

Ce secteur présente toutefois une meilleure feuille de route sur le plan de l’innovation technologique. Selon un article paru en 2013 dans The Globe & Mail, « … les opérations en temps réel ont complètement transformé les méthodes d’exploration, d’exploitation et de production du pétrole et du gaz naturel et cette transformation a eu sur la société des répercussions aussi énormes que l’invention du téléphone intelligent ». L’article ajoute qu’en Amérique du Nord, la capacité de production d’un puits de pétrole ou de gaz typique a plus que quadruplé en sept ans, et le temps nécessaire au forage a diminué de moitié.

Les progrès technologiques du secteur doivent beaucoup à la technique du « forage latéral ». Les sociétés pétrolières peuvent aujourd’hui forer des puits horizontaux sur de grandes distances, ce qui permet à une seule installation de surface de recueillir la production de 20 puits ou même davantage. Le coût élevé de cette technologie est compensé par une réduction d’au moins 20 % des coûts d’exploitation.

Les sociétés d’exploration pétrolière et gazière peuvent radiographier le sous-sol pour cartographier la taille et l’ampleur des réserves, alors que le secteur minier doit toujours recourir aux méthodes traditionnelles de forage et d’analyse des carottes. Une machine permettant d’isoler différentes densités dans les formations rocheuses souterraines à l’aide de muons à rayonnement cosmique est en cours de développement, une technologie prometteuse pour le secteur minier.

  • Partager les innovations avec les autres sociétés minières 

Le secteur du pétrole et du gaz se distingue également par la coopération entre les intervenants du secteur. Dans une industrie essentiellement primaire qui ne fabrique aucun produit de marque, certains types d’innovations peuvent être partagés sans trahir l’information concurrentielle fondamentale sur les investisseurs et les projets. Le Oil & Gas Innovation Center, par exemple, est spécialement chargé d’explorer les technologies développées dans d’autres secteurs pour évaluer leur potentiel d’adaptabilité au secteur pétrolier. 

Le secteur minier amorce un virage semblable. En 2007, le Centre for Excellence in Mining Innovation (CEMI) a vu le jour à Sudbury, en Ontario, grâce à un financement conjoint des secteurs privé et public. Le CEMI effectue des projets de recherche et publie des rapports dans les domaines de l’exploration, des opérations minières en profondeur, de l’ingénierie des mines, de la construction et de l’environnement. D’autres instituts de recherche, universités et centres d’innovation, dont le BC Innovation Council, s’intéressent également aux questions touchant les mines et servent de rampes d’essai pour les fournisseurs de nouvelles technologies. Lorsqu’elles adoptent une stratégie d’innovation progressive, les sociétés minières devraient se tenir au courant des activités et des découvertes de ces organisations, développées pour les secteurs des mines, du pétrole et du gaz, mais qui ouvrent également d’intéressantes perspectives croisées.

Les sociétés peuvent également trouver des idées et des pratiques novatrices dans le cours normal de leurs activités. Les coentreprises et les entreprises intégrées après une fusion offrent d’excellentes occasions de partager des pratiques innovantes et de tirer profit des synergies qui s’inscrivent dans un objectif commun.

 

Sommaire et conclusions

À long terme, l’innovation deviendra une composante essentielle du secteur minier. Certains gains rapides peuvent être réalisés dès maintenant grâce à des initiatives ciblées, comme une meilleure approche en matière de gestion des données et d’optimisation des processus. Dans le contexte actuel, il est difficile pour les sociétés minières de mettre l’accent sur l’innovation alors qu’elles ont à gérer d’autres risques et problèmes fondamentaux. Pour cette raison, il est également peu probable qu’elles consacrent beaucoup de temps, d’argent et d’autres ressources à la création d’une stratégie formelle en matière d’innovation.

Cela ne signifie pas, pour autant, que les sociétés minières ne peuvent adopter une approche progressive, rigoureuse et déterminée reposant sur les facteurs de succès suivants : 

  • Saisir chaque occasion de collaborer avec les fournisseurs et les autres sociétés minières.
  • Se tenir au courant des projets et des découvertes des associations sectorielles, instituts de recherche, universités et centres d’innovation.
  • S’inspirer de l’expérience des autres secteurs, spécialement le secteur du pétrole et du gaz naturel et les autres secteurs de transformation des ressources.
  • Évoluer vers une culture d’entreprise propice à l’innovation.

La mise en application de ces conseils et d’autres outils permettra l’adoption d’une stratégie progressive, permanente et positive qui n’interférera pas avec les objectifs à court terme critiques de l’entreprise.

Philippa Wilshaw, associée et leader, RGV, Mines

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